Un Dieu tout petit
"Je vais profiter de ce répit pour vous montrer le Christ dans l’étable [...]
La Vierge est pâle et elle regarde l’enfant. Ce qu’il faudrait peindre sur son visage, c’est un émerveillement
anxieux qui n’a paru qu’une fois sur une figure humaine. Car le Christ est son enfant, la chair de sa chair et le
fruit de ses entrailles. Elle l’a porté neuf mois et elle lui donnera le sein et son lait deviendra le sang de
Dieu. Et par moments, la tentation est si forte qu’elle oublie qu’il est Dieu. Elle le serre dans ses bras et elle
dit: mon petit! [...] Elle le regarde et elle pense: «Ce Dieu est mon enfant. Cette chair divine est ma chair. Il
est fait de moi, il a mes yeux, et cette forme de sa bouche c’est la forme de la mienne. Il me ressemble. Il est
Dieu et il me ressemble.
Et aucune femme n’a eu de la sorte son Dieu pour elle seule. Un Dieu tout petit qu’on peut prendre dans ses bras
et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu’on peut toucher et qui vit."
Jean-Paul Sartre, "Bariona ou le Fils du tonnerre. Récit de Noël pour chrétiens et incroyants"

Màj: 13.06.2011
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