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Amour de la Vérité

 

Règles des Filles de la Sagesse

La fin de leur institut

1. 1. La fin intérieure des Filles de la Sagesse est l'acquisition de la divine Sagesse. La fin extérieure est triple selon leurs talents, savoir: 1 l'instruction des enfants des villes et des campagnes, dans les écoles charitables; 2 le bon gouvernement des pauvres dans les hôpitaux ou hors des hôpitaux, soit qu'ils soient malades ou non, soit qu'ils soient incurables ou non; 3 comme aussi la direction des maisons de retraite où on les appelle.

2. 2. Comme chacun a son talent différent, les Supérieurs les appliqueront selon leurs talents aux emplois où Dieu les appelle, après leur année de noviciat; et même après plusieurs années, si la première ne suffit pas.

Conseils

3. Mes chères filles, prenez garde aux tentations du malin esprit à l'égard de la fin que vous devez vous proposer en vous unissant dans la même maison.

4. 1.- Ne prenez pas pour fin principale votre repos, ni l'exercice da la charité envers le prochain. Vous n'y devez pas prendre votre repos naturel, ni même intérieur, selon les lois de la nature, parce que souvent l'obéissance, qui vous ordonnera des choses extérieures et contraires à votre attrait, renverserait le projet que vous vous êtes formé. Vous ne devez pas non plus prendre la charité pour le prochain, pour votre fin principale; car si dans la suite, vous n'étiez point occupées au service du prochain, vous tomberiez dans le trouble, le chagrin et le découragement; mais si votre première intention est de vous sanctifier, en accomplissant la volonté de Dieu marquée par l'obéissance, vous resterez en paix, de quelque manière que les choses arrivent.

5. 2.- Comme Notre-Seigneur nous ordonne de ne point penser au lendemain, non seulement à l'égard du corporel, mais surtout à l'égard du spirituel, ne pensez point volontairement à ce qui peut vous arriver dans la suite, à l'égard du genre de vie que vous avez embrassé; regardez ces pensées de futur contingent et conditionnel, comme de fines tentations du démon qui par là veut vous faire perdre courage, en vous représentant un gros tas d'années à passer dans le silence, la pénitence, l'obéissance et la pauvreté. Il veut vous faire perdre la paix, ou du moins le temps, en vous repaissant de chimères, qui ne sont pas encore et ne seront peut-être jamais. Ces futurs conditionnels sont, par exemple, si mon père et ma mère viennent à mourir, que ferai-je? Si cette personne, ce supérieur, ce directeur manque, que deviendra cette maison?

6. 3.- Soyez persuadées que le démon ne cessera de vous tenter de mille manières, pour vous faire changer de résolution et de fin dans vos exercices, soit devant, soit après votre profession; il vous grossira et augmentera vos difficultés, vos craintes, vos répugnances, etc., il remuera vos humeurs, il obscurcira votre esprit; enfin il fera jouer tous ses ressorts diaboliques pour vous faire prendre l'échange! Mais vous serez victorieuses et bienheureuses si vous découvrez vos peines à votre Directeur et à votre Supérieure, si vous leur obéissez aveuglément.

L'entrée au noviciat

7. 1. On ne reçoit, parmi les Filles de la Sagesse, que des filles sages ou des veuves véritables, depuis seize ans jusqu'à quarante. Les personnes trop âgées ou trop infirmes en sont exclues.

8. 2. On y reçoit les pauvres comme les riches, pourvu que leurs dispositions et leur vocation soient bonnes, c'est-à- dire, si elles sont dociles et pauvres d'esprit.

9. 3. On n'exige d'elles aucune somme d'argent ni aucune pension; mais, si elles apportent quelque argent il est reçu comme une aumône, qui est mise dans la bourse commune et qui sert à l'entretien de toute la communauté.

10. 4. On y reçoit très rarement des pensionnaires, c'est-à- dire des filles ou femmes, qui ne soient pas dans la résolution d'y faire profession; mais, quand on en reçoit, en quelques cas extraordinaires, en faveur de quelque personne d'un grand mérite, on ne stipule point pour sa pension et on l'oblige à faire toutes les règles communes, sans exception; autrement elle dérangerait toute la communauté.

11. 5. Les novices et les pensionnaires ne sortent jamais dehors de la maison que par une permission extraordinaire de la Supérieure et dans une pressante nécessité. Si, dans la communauté, il n'y a point de chapelle bâtie, elles sortent pour entendre la sainte Messe et recevoir les sacrements; mais elles ne se chargent ni ne s'embarrassent point des affaires temporelles, et, si elles en ont avant que d'entrer au noviciat ou à la pension, on ne les y reçoit point qu'elles ne soient terminées. Si, après leur entrée, il leur en survient, elles ne s'en mêlent point par elles-mêmes, mais une personne séculière, qui fait les affaires dehors, en prend soin.

12. 6. Le premier noviciat dure au moins un an après avoir pris l'habit, et plus longtemps, si on le juge à propos, selon les dispositions du novice; et, pendant ce noviciat, on exerce les novices en toutes sortes de vertus, pour les dépouiller de leurs mauvaises habitudes, de leurs inclinations vicieuses, de leurs humeurs naturelles et de leurs moindres imperfections et, à cet effet, la Maîtresse des novices leur fait pratiquer l'obéissance, le silence, la modestie, la mortification, l'oraison, le mépris du monde et de soi-même.

13. 7. Le second noviciat dure au moins un an et, pendant ce noviciat, outre les exercices de piété communs à la communauté, elles s'appliquent à apprendre parfaitement la manière de faire le catéchisme, et de tenir les petites écoles, l'écriture, la lecture et des ouvrages manuels, selon leur capacité.

Conseils

14. - Gardez-vous des tentations différentes que le malin esprit livre ordinairement aux Novices; car n'ayant pu empêcher l'entrée au Noviciat, par les parents charnels, par les amis intéressés, par des craintes frivoles, par des respects mondains et par mille fausses raisons qu'il apporte pour empêcher cette entrée au Noviciat, il tâche d'en empêcher l'effet qui est la sanctification de la personne; 1) en lui représentant ce qu'elle a quitté dans le monde; 2) en lui faisant mépriser les petites règles et les petites pratiques de dévotion établies dans la communauté; 3) en la jetant dans des ennuis et des troubles; 4) en lui représentant qu'elle doit être plus considérée qu'une autre, soit à cause de sa qualité, soit à cause du bien qu'elle donne, soit à cause de quelque talent d'esprit ou de corps; 5) en lui inspirant de la froideur contre les autres et même contre les Supérieurs, lui faisant accroire qu'ils ont quelque chose contre elle; 6) soit en lui donnant de l'éloignement des sacrements sous les plus beaux prétextes du monde. Il y a une infinité d'autres pièges que le démon, de concert avec le monde, tend aux Novices, ou pour les faire sortir, ou pour les engager dans le péché, ou pour retarder leur perfection. L'ouverture de cœur et l'obéissance aveugle sont des remèdes infaillibles, et des armes toutes puissantes dans ces peines et ces combats.

Leur profession et leurs vœux

15. 1. L'année de leur premier noviciat expirée ou plus tard, si la novice est disposée, elle fait profession, en faisant les trois vœux simples d'obéissance, de pauvreté et de chasteté, pour un an, en secret et en particulier, sans aucune cérémonie extérieure, après dix jours de retraite et de silence, sans parler à personne qu'à la Supérieure et au Directeur.

16. 2. Elle renouvelle ses vœux, tous les ans, si elle persévère de cœur et d'affection dans sa vocation; mais, si elle n'y persévère pas, l'année de ses vœux expirée, elle peut sortir sans aucun empêchement.

17. 3. De même, si la Supérieure, de concert avec la communauté, n'est pas contente d'une des professes, à raison d'une faute grave et réitérée, elle peut la mettre dehors.

18. 4. Si la professe a donné quelque argent ou meubles, en aumône, à la communauté, en y entrant, si elle vient à sortir de sa propre tête, au bout de l'année, ou par une faute de désobéissance formelle, on ne lui rend rien de ce qu'elle a apporté; mais, si la communauté, au bout de l'an, la met dehors pour de bonnes raisons, elle lui rend ce qu'elle y a apporté, ses dépenses déduites.

19. 5. Si cependant la défaillante avait donné tout son bien à la communauté, la communauté doit le lui rendre, ses pensions déduites.

20. 6. Pendant cinq années consécutives après leur profession, elles renouvellent leurs trois vœux pour un an; et, si elles se trouvent, de concert avec la communauté, bien appelées, elles font, au bout de cinq ans, les trois vœux pour toujours.

Conseils

21. 1.- Quand vous aurez la pensée de sortir de la Communauté après votre profession, découvrez-la aussitôt à votre Directeur ou à la Mère Supérieure, et attendez un temps considérable pour savoir si c'est effectivement une tentation.

22. 2.- Prenez garde de donner occasion à ces tentations, en fréquentant les gens du monde ou les dévotes à la mode, ou en prenant conseil d'un autre que de votre Directeur ou de votre Supérieure.

23. 3.- Renouvelez, tous les premiers samedis du mois, vos vœux à Dieu, entre les mains de la Sainte Vierge, dans une Communion que vous ferez à cette intention.

Leur pauvreté

24. 1. Elles n'ont rien en propre, pas même un denier, pas même un habit, pas même une paire d'heures, pas même un meuble de chambre ou de dévotion; tout est en commun et la communauté est obligée, après leur profession, de leur fournir de tout ce qui leur est nécessaire pour la nourriture, l'entretien et le vêtement.

25. 2. A la vérité, elles n'abandonnent pas, si elles ne veulent, les revenus et même le domaine de leurs biens de patrimoine, si elles en ont; mais l'usufruit et l'emplette de ces biens est dans l'entière disposition de leurs Supérieurs dans la communauté, les employant, comme bon leur semble, aux besoins de toute ladite communauté, sans distinction du riche et du pauvre.

26. 3. Comme pauvres, elles sont habillées de l'habit des pauvres des hôpitaux et des campagnes, qui est le gris, à peu près comme les filles de la congrégation de M. Vincent, si non que, pour une plus grande modestie, elles ont une cape noire par-dessus qui les couvre et les ensevelit, depuis la tête jusqu'aux pieds.

27. 4. Elles ont chacune leur pauvre petite cellule, dans laquelle il n'y a: 1 qu'un lit de planches avec une paillasse et un matelas et des rideaux; 2 une table; 3 une chaise; 4 un crucifix; 5 une image de la Sainte-Vierge; 6 un coffre sans serrure; 7 un porte-manteau, des époussettes, un chandelier et un balai; tout le reste, comme inutile et superflu, en est banni.

28. 5. Elles font des ouvrages manuels; mais elles ne les vont pas chercher ni demander hors de la maison; elles n'en font point le prix et elles n'en perçoivent point le paiement par leurs mains propres et elles n'en profitent d'aucune chose plus que la communauté; tout le fruit, qui en revient, est mis en commun par l'Econome ou la Supérieure.

29. 6. Dans leurs besoins corporels, elles ne demandent jamais l'aumône à personne; soit à des parents, soit à des étrangers, soit pour la communauté en général, soit pour leurs besoins en particulier, soit directement, soit indirectement; mais elles s'abandonnent, pour toutes choses, aux soins de la divine Providence, qui les aidera de la manière et dans le temps qu'elle voudra, comme si elles attendaient, immédiatement d'un ange envoyé du ciel, la nourriture et l'entretien; et cependant elles travaillent à des ouvrages manuels, pour gagner quelque chose, comme si elles n'attendaient rien de Dieu.

30. 7. Quand, selon leurs talents, on les envoie faire le catéchisme et tenir les écoles en quelque ville ou campagne, elles ne regardent la pension modique, qu'on leur donne pour un an, que comme le salaire de leurs travaux et de leurs peines pendant ladite année; en sorte que, si, par négligence, elles ne remplissent pas leurs devoirs, elles commettent une grande injustice, en se servant d'un bien qu'elles n'acquièrent par aucun titre. Comme on ne leur donne de pension que ce qui est absolument nécessaire pour vivre, elles ne font aucune dépense inutile et, si à la fin de l'an, elles ont épargné quelque chose, elles n'en peuvent disposer sans une permission expresse, ni à leurs parents, ni à leurs amis.

31. 8. Elles ne demandent rien, directement ni indirectement, aux enfants qu'elles instruisent; mais si quelque parent d'un enfant riche veut, par pure reconnaissance, sans qu'on le lui ait demandé, leur faire quelque aumône, elles ne la reçoivent jamais par leurs mains propres; mais, si elles font l'école dans la ville où est la Mère-Communauté ou le noviciat, elles supplient leurs bienfaiteurs de donner leur charité à leurs Supérieures et, si elles font l'école dans quelque autre ville ou dans la campagne, elles reçoivent elles-mêmes ladite charité.

32. 9. Si Dieu les appelle à gouverner quelqu'hôpital, elles n'ont qu'un entretien pauvre et modique, se contentant du pain des pauvres, si elles n'en ont pas d'autre, et, pour la pension et les aumônes, elles en agissent, comme les maîtresses d'école, faisant toutes choses par pure charité.

33. 10. La Supérieure les fait changer, tous les ans, de chambre, de meubles et même d'habits, quand elle y remarque de l'attache, et, deux fois par an, on leur coupe les cheveux.

Conseils

34. 1.- Prenez garde de posséder quelque chose en particulier sans une vraie nécessité et une parfaite obéissance. Le démon ne manque pas d'inspirer, tous les jours, aux religieux et religieuses, mille beaux prétextes et mille raisons apparentes, pour leur faire transgresser leur vertu de pauvreté, ou du moins pour en diminuer le mérite.

35. 2.- Prenez donc garde d'avoir attache à la moindre chose; quand vous y sentirez beaucoup d'affection, quittez-la pour un temps ou vous en privez tout-à-fait.

36 3.- Le malin esprit vous tentera, sous ombre de piété, d'avoir, dans vos chambres, plusieurs images et meubles de dévotion, pour vous et pour les autres. De cent religieuses, à peine une s'exempte-t-elle de tomber dans cette fine tentation.

37. 4.- Regardez d'un autre côté, comme une fine tentation, de ne pas découvrir vos besoins temporels à votre Supérieure, crainte d'un refus ou par humeur.

38. 5.- Ne pensez point au lendemain, de propos délibéré et sans une vraie nécessité. Dieu vous le défend, et le démon l'inspire pour troubler ou pour faire perdre le temps.

39. 6.- Si vous voyez quelqu'une de vos Sœurs mieux habillée et mieux entretenue que vous, prenez garde à la tentation de jalousie et de murmure; le malin esprit ne manquera pas de vous grossir les commodités qu'ont les autres et que vous n'avez pas, afin de vous troubler et diviser intérieurement d'avec elles; pour cet effet, il vous représentera que vous avez plus apporté à la Communauté que telle ou telle, que vous êtes quelque chose de plus, que vous travaillez mieux, etc.; il vous représentera vos anciennes commodités, lorsque vous jouissiez de votre bien en particulier, et du fruit de vos travaux, et il vous donnera l'envie de retourner dans le monde.

40. 7.- Par esprit de pauvreté et d'humilité, je vous conseille de choisir le pire en tout, autant que vous pourrez, la nourriture la moins délicate, les habits les plus vieux et les plus grossiers, les emplois les plus bas, etc.

41. 8.- Aimez à manquer de quelque chose dont les autres ne se passent pas, et n'en témoignez, au dehors, aucune peine.

42. 9.- Ne parlez jamais avec estime des biens du monde. Ne dites jamais: si on me donnait telle somme d'argent, si quelque personne riche nous donnait, etc., nous bâtirions, nous achèterions, etc. Tous ces désirs sont dans les païens et les mondains et indignes des véritables sages, qui, non seulement ne désirent aucun bien temporel, même pour des œuvres pieuses, mais encore, quittent tout ce qu'ils possèdent le plus légitimement, pour suivre de plus près la Sagesse incarnée.

43. 10.- Prenez bien garde de raconter aux autres les commodités que vous aviez dans le monde, les biens que vous avez apportés à la Maison; ne parlez jamais de votre habileté ou savoir-faire en plusieurs ouvrages.

44. 11.- Ne faites aucun cas de tout l'extérieur et visible en soi-même, quelque grand et relevé qu'il paraisse selon la nature et estimez beaucoup, parmi vos Sœurs, celles qui sont les plus pauvres et les moins capables au dehors.

45. 12.- Quand vous avez besoin de quelque chose, pour votre santé ou pour votre entretien, avant de le demander à votre Supérieure, faites un quart d'heure au moins d'oraison devant Dieu, pour voir en sa lumière si, véritablement, selon la perfection, vous avez un tel besoin; ensuite, si votre pensée du cœur est la même, demandez hardiment et simplement; et si vous êtes refusée ou rebutée en vos demandes, tenez-vous en paix, comme si Jésus-Christ en personne vous l'avait refusée.

Leur obéissance

46. 1. La pratique parfaite de la sainte obéissance est la vertu spéciale qui distingue les Filles de la Sagesse. Comme la divine Sagesse, qui commandait dans les cieux, est venue sur la terre pour obéir, depuis le premier instant de son incarnation jusqu'à sa mort; de même, ses filles ont quitté le monde, pour, à l'exemple de la Sagesse, captiver leur entendement et leur volonté sous le joug de l'obéissance.

47. 2. Elles obéissent à leurs Règles et à leurs Supérieurs premiers et subalternes: 1 Entièrement, sans partage; 2 Promptement, sans délai; 3 Joyeusement, sans chagrin; 4 Saintement, sans respect humain; 5 Aveuglément, sans raisonnement; 6 Et persévéramment, sans discontinuation.

Ces six qualités de l'obéissance méritent une longue explication.

48. 3. Elles doivent être fidèles à toutes leurs Règles, même les plus petites; et, lorsque leur Règle ne leur prescrit point une chose, elles doivent en demander la permission, quand elles la veulent faire, afin que l'obéissance chasse le poison de leurs actions, qui est leur propre volonté.

49. 4. Elles doivent obéir à leur Supérieure en toutes les choses qui ne sont point prescrites par la Règle et, même quand elles le seraient, si les occasions ou les circonstances rendent la pratique de la Règle impossible ou bien difficile, elles en doivent demander l'interprétation ou l'exemption à leur Supérieure.

50. 5. Elles peuvent, et doivent même souvent, représenter leurs raisons pour faire ou ne pas faire quelque chose; mais avec indifférence et sans passion, ne se formalisant jamais d'un refus d'une chose qui leur paraît la plus juste.

51. 6. Elles tâchent d'obéir à toutes créatures pour l'amour de Dieu, quand la chose commandée n'est pas contre d'autre volonté que la leur.

52. 7. Elles demandent toutes leurs permissions à leur Supérieure à genoux et avec humilité, parce qu'elles ne regardent que Jésus-Christ en elle; lesquelles permissions elles ne demanderont à genoux, que lorsqu'il n'y aura aucun étranger présent.

53. 8. Elles ne manquent pas de réparer publiquement les fautes qu'elles ont faites en public contre la sainte obéissance.

54. 9. Pour le gouvernement de la communauté, elles obéissent à Monseigneur l'Evêque et à celui qui leur est commis de sa part, aux Pasteurs de la paroisse où elles sont et, quand elles sont dans les hôpitaux, elles obéissent aux Aumôniers, pour le gouvernement intérieur des pauvres, et aux Administrateurs, pour le gouvernement extérieur de l'hôpital.

Conseils

55. - Comme le démon est orgueilleux et désobéissant, il vous livrera, chères Filles, de grandes et de fines tentations contre la sainte obéissance, afin de vous en séparer, soit à l'égard de vos Règles, soit à l'égard de votre Supérieure, soit à l'égard de votre Directeur.

56. 1.- Prenez bien garde de faire peu de cas des petites règles et petites pratiques de piété, et de les transgresser sans beaucoup de scrupule; car celui qui méprise les petites choses tombera peu à peu.

57. 2.- Le malin esprit, pour vous empêcher d'obéir à votre Supérieure, vous mettra dans l'esprit: 1) qu'elle ne vous aime pas, et même qu'elle vous prend à la tâche et vous en veut; 2) qu'elle n'est pas capable de commander; 3) qu'elle affecte la domination et la supériorité; 4) qu'il n'y a pas de raison dans ce qu'elle commande; 5) qu'elle ne contredit pas les autres comme vous; 6) qu'elle est remplie de tel ou tel défaut, et qu'elle ne mérite pas qu'on s'arrête à ce qu'elle dit, et qu'on mette sa confiance en elle.

58. 3.- Si le démon ne peut pas vous faire tout-à-fait désobéir, il vous fera obéir en retardant longtemps, en vous plaignant, en grondant, en murmurant, et avec un air chagrin et dédaigneux.

59. 4.- Découvrez tout votre intérieur à votre Directeur, ne lui cachant rien de ce qui peut lui faire connaître votre tempérament, découvrez-lui vos bonnes et mauvaises inclinations, vos desseins et vos entreprises; ne jugez ni en bien ni en mal de vous-même, laissez-en le jugement entier à votre Supérieure et à votre Directeur.

60. 5.- Regardez comme une fine tentation de ne pas consulter sur une chose très sainte que vous voulez faire sous prétexte que votre Directeur n'est pas assez éclairé en cette matière, ou que vous n'avez aucun doute sur la bonté de votre action ou sur la vérité de la chose.

61. 6.- Prenez bien garde après un refus de votre Supérieure d'aller vous plaindre, à quelque égale ou inférieure, de son procédé; prenez bien garde d'user de finesse et de détour, pour extorquer quelque permission des Supérieurs.

62. 7.- Ne craignez point de blesser l'honnêteté du monde pour obéir promptement au moindre point de la règle ou au moindre commandement de vos Supérieurs; ainsi, si un exercice public vous appelle, quittez promptement la compagnie où vous êtes, à moins qu'elle ne fût absolument nécessaire.

63. 8.- Pour vous perfectionner, en peu de temps, dans la grande vertu de la Sagesse, qui est l'obéissance, ne faites point difficulté de soumettre votre jugement et votre volonté à vos égaux et à vos inférieurs, en des choses indifférentes.

64. 9.- Vous devez remarquer qu'il vous est tout-à-fait libre de découvrir votre intérieur à votre Directeur ou à votre Supérieure, selon votre attrait. Cependant, il faut avouer que celles de la Communauté qui ont assez d'humilité et d'obéissance pour se découvrir à leur Supérieure, font une action héroïque, et avancent plus que les autres dans la vertu, par cette pratique commune dans les Communautés ferventes.

65. 10.- Souvenez-vous de cette admirable sentence de saint François de Sales, marquée dans sa Règle: d'autant plus que vous préférerez la communauté à votre particularité, d'autant plus devez-vous savoir que vous avez profité.

Leur chasteté

66. 1. Les Filles de la Sagesse font, à leur profession, un vœu simple de chasteté, pour un an, et, tous les ans, si elles le veulent, elles le renouvellent avec les autres vœux, en particulier, comme il a été dit.

67. 2. Elles n'admettent aucun homme dans leur chambre ou cellule, que dans une absolue nécessité, comme un ouvrier, un chirurgien, etc.

68. 3. Elles sortent, à la vérité, dehors de la maison pour rendre service aux pauvres; mais elles gardent fidèlement les règles suivantes: 1 autant qu'elles peuvent, elles prennent une compagne pour leur ange gardien; 2 elles marchent modestement, les yeux baissés, ne regardant jamais ni à droite ni à gauche dans les boutiques, quand elles marchent dans les rues d'une ville; 3 elles ne regardent jamais les hommes fixement en face; mais, quand elles leur parlent, elles se tournent un peu de côté; 4 elles se couvrent les mains et le visage, le plus qu'elles peuvent avec leur cape; 5 elles ne demeurent jamais seules avec un homme, dans une chambre la porte fermée; quand elles sont obligées, par charité ou nécessité de converser avec quelque homme, soit laïque, soit ecclésiastique, soit religieux, que ce soit dans un lieu ouvert, si cela se peut, ou du moins que la porte de la chambre soit ouverte; 6 pour obtenir de Dieu la conservation du trésor de la pureté et la grâce de remplir leur devoir de charité, elles n'entrent jamais dans leurs chambres ou dans celle d'un particulier, qu'elles ne récitent un Ave Maria, à genoux ou debout soit avant d'y entrer, soit après y être entrées; 7 elles ne reçoivent, par leurs mains propres, aucun présent, sans une permission expresse; 8 elles évitent de retourner dans les maisons où on leur aurait dit des paroles insolentes; et, quand on leur dit de telles paroles, non seulement elles se donnent bien garde d'en rire; mais, en reprenant modestement ceux qui les disent ou du moins en montrant un air triste et sévère, elle se retirent au plus tôt du lieu et, si c'est dans une rue, elles passent leur chemin sans rien dire, faisant un acte de contrition dans leur cœur.

69. 4.- Elles se gardent de tout ce qui peut tant soit peu ternir le beau lys de la virginité et dont les filles du monde ne se donnent pas assez garde, comme de badiner ensemble, de se baiser mutuellement, de se toucher les mains l'une l'autre.

70. 5.- Elles font en sorte qu'on ne voie jamais aucune partie de leur corps, soit en se levant, soit en se couchant, et elles ne couchent jamais deux ensemble sans nécessité.

Conseils

71. 1. - Puisque vous voulez, par le secours d'une grâce spéciale, conserver à Jésus-Christ votre virginité ou chasteté, obtenez cette grâce par beaucoup de prières, et ayez une grande dévotion à la Sainte Vierge, la mère, la reine et le modèle des véritables vierges.

72. 2.- Défiez-vous beaucoup de vous-mêmes, quelque force que vous ayez et quelque victoire que vous ayez remportée; c'est pourquoi, évitez les moindres occasions du péché contraire à cette vertu divine, comme si vous n'aviez jamais remporté de victoire, et découvrez exactement vos tentations sur cette matière.

73. 3.- Résistez fortement au commencement de la tentation, car si vous différez trop, vous succomberez.

74. 4.- Ne donnez jamais à votre corps tout ce qu'il demande; retranchez-lui quelquefois, avec obéissance, les plaisirs permis; la rose naît parmi les épines, et la chasteté, parmi les châtiments et les mortifications.

Leur silence

75. 1. Elles gardent exactement le silence, en tout temps, hormis dans les deux heures de récréation après les repas, et toutes les fois que la charité, l'obéissance et leur emploi leur ordonnent de le rompre.

76. 2. Quand elles sont obligées de parler, dans la communauté ou dans les écoles ou dans les salles des pauvres, c'est tout bas et en peu de mots, gardant par ce moyen le silence, autant qu'elles peuvent.

77. 3. C'est pourquoi elles évitent d'appeler, en ces lieux, une personne de loin ou par la fenêtre; aimant mieux faire cent pas pour lui parler que de faire un grand cri contre le silence et la modestie.

78. 4. Quand, avec permission, elles sont à parler avec quelqu'un qui est venu les visiter, elles observent les règles de la modestie dans le parler et ne sont jamais plus d'une demi-heure avec lui, sans une permission spéciale.

79. 5. Elles ne font de visites que celles que l'obéissance, ou la charité ou la bienséance chrétienne leur prescrit et le plus rarement qu'elles peuvent.

80. 6. Elles ne parlent point, en présence de leur mère, si elle ne les interroge ou ne leur commande de parler.

81. 7. Quand elles ont quelque chose de nécessaire à se dire les unes aux autres, quand la chose peut se différer, elles attendent le temps de la récréation.

Conseils

82. 1. - Souvenez-vous que si vous gardez le silence exactement aux temps marqués, malgré la démangeaison infinie que les femmes ont ordinairement de parler, vous remporterez une très grande victoire sur vous-même, le monde et le démon, et vous serez bientôt sage et parfaite.

83. 2.- Parlez peu quand vous pouvez parler, et parlez comme il faut, sans passion, sans vanité et sans déguisement ni politique.

84. 3.- Ne parlez des choses du monde que pour les condamner; ne parlez jamais des nouvelles de la ville, de la cour, de l'armée, etc.

85. Sanctifiez votre silence par une oraison vocale ou mentale, selon votre attrait.

Leur mépris du monde

86. 1. Elles regardent leur habit gris, couvert d'une cape noire, comme leur suaire qui les ensevelit et comme l'habit de la pauvreté de Jésus-Christ, que le monde a en horreur; c'est pourquoi, lorsque, tous les matins, elles le prennent, elles le baisent amoureusement et, bien loin d'introduire la mode du monde en leurs habits, elles choisissent les étoffes les plus grossières et les plus rebutantes à la nature et à l'esprit du monde qui domine souvent parmi les personnes dévotes.

87. 2. Elles évitent comme un subtil poison, cent modes et manières du monde que le Saint-Esprit défend quand il dit: "Ne vous conformez point à ce siècle présent et corrompu."

88. 3. Elles ne font aucun cas des jugements téméraires, des railleries piquantes, des calomnies et des persécutions sanglantes du monde, et même elles se réjouissent d'être méprisées, pour Jésus-Christ, par le plus grand de ses ennemis.

89. 4. Elles ne s'intriguent point dans les affaires temporelles du monde, sous prétexte qu'il leur en pourrait revenir quelque profit temporel: comme les contrats de société, les loteries, etc.; qui est vraiment pauvre d'esprit n'a aucun désir d'un bien temporel qu'il n'a pas.

90. 5. Elles ne se mêlent point des affaires temporelles de leurs parents; ni par conséquent, elles n'entreprennent aucun procès, même légitime, aimant mieux perdre leur robe et leur cape, que de conserver l'un et l'autre en perdant la paix du cœur, la charité du prochain et la pauvreté d'esprit.

91. 6. Elles n'ont, comme les pauvres, ni miroir dans leurs cellules, ni dentelle, ni rubans de soie, ni dorures dans leurs pochettes, ni or ni argent dans leurs cuillères, fourchettes, couteaux, montres, croix, reliquaires, etc.; elles évitent la pratique de toutes ces choses et de cent autres, que le monde aime et recherche contre la pauvreté de Jésus-Christ.

Conseils

92. 1.- Gardez-vous des personnes à demi-mondaines, ennemies de la pauvreté et de la croix de Jésus-Christ. Quelque habit de sainteté qui les déguise, elles sont plus dangereuses, dans leurs entretiens, leurs paroles et leurs conseils, que les libertins les plus déclarés, dont on se donne de garde.

93. 2.- Privez-vous, parmi les gens du monde, de plusieurs menus plaisirs, qui ne sont point nécessaires, afin de les édifier et de vous éloigner des plaisirs défendus.

94. 3.- Tâchez de pratiquer, avec l'avis de votre Père spirituel, tout ce qu'il y a de plus humiliant et de plus contraire à la nature, pour combattre le monde, qui a combattu et qui combat tous les jours Jésus-Christ, en sa doctrine, en ses exemples et en ses serviteurs.

95. 4.- Quand vous êtes en doute de la vérité et de la bonté d'une chose, ne dites pas: qu'est-ce qu'on pense? qu'est-ce qu'on dit de telle ou telle chose? mais: qu'est-ce que la foi m'apprend? qu'est-ce que dit Jésus-Christ?

96. 5.- Regardez toujours le désir de voir vos parents, l'envie de savoir de leurs nouvelles, ou de les aider dans leur éducation ou leurs affaires temporelles, comme de grandes tentations et comme un grand obstacle à votre perfection et à votre salut.

97. 6.- Donnez-vous infiniment de garde de l'esprit mondain religieux, qui règne dans la plupart des religions. Cet esprit consiste: 1) à s'informer de ses parents et à s'intéresser dans leurs affaires; 2) à estimer, aimer et rechercher l'argent et les revenus temporels, pour se fonder, pour bâtir une chapelle, etc., comme les mondains laïques aiment et recherchent l'argent pour faire fortune et figure, pour bâtir leurs maisons, etc.

3) à rechercher l'entrée d'une personne riche dans la communauté, regardant plus sa clef d'or ou d'argent, qui est le passe-partout du monde, que l'esprit de pauvreté de Jésus- Christ, qui est la clef du royaume des Cieux; 4) à se plaindre, au dedans ou au dehorfhs, de la pauvreté et des incommodités de la Communauté; 5) à rechercher et à briguer les charges et les emplois honorables de la communauté, comme les mondains, celles du monde; 6) à parler, avec estime, des biens du monde et des talents naturels, et à témoigner en avoir envie; 7) à mépriser ceux et celles qui manquent de ces talents naturels, tels que sont ceux qui n'ont pas beaucoup d'esprit, de santé, de savoir-faire, d'industrie, de science, de biens, etc.; 8) à rechercher, dans la communauté, toutes ses commodités, soit dans les habits, soit dans la chambre, soit dans les meubles, soit dans ses repas, etc.; 9) enfin, l'esprit du monde dans la religion consiste à faire, autant qu'on peut, sa propre volonté; à faire recevoir ses sentiments préférablement à ceux des autres, et à se rendre nécessaire à sa communauté par son esprit, sa science et son savoir-faire.

Voilà mes chères filles, en peu de mots, le plus subtil poison des religions; gardez-vous en pour l'amour de Jésus.

98. 7.- Lorsque quelqu'un aura servi d'instrument à Dieu pour vous purifier et couronner par des calomnies et persécutions, ne manquez pas, par reconnaissance, de prier pour lui pendant huit jours, et vous communierez au moins une fois à son intention.

Leur charité pour le prochain

99. 1. La fin de l'institut des Filles de la Sagesse est, comme il a été dit, la charité pure, soit en tenant les écoles charitables dans les villes ou dans les campagnes, soit en gouvernant les hôpitaux, soit en dirigeant les maisons de retraites, soit en soignant et guérissant les pauvres incurables; le tout suivant leurs talents et l'appel de la sainte obéissance.

100. 2. Quand Dieu les appelle à tenir les petites écoles, elles en gardent exactement toutes les règles comme elles sont marquées ci-après et purement par charité.

101. 3. Si Dieu les appelle à gouverner quelque hôpital, elles gardent les règles suivantes de prudence et de charité.

102. 4. Elles rendent aux pauvres de l'hôpital tous les services possibles, soit pour le spirituel, soit pour le temporel. Pour le spirituel, avec dépendance des Aumôniers et des Curés, et pour le corporel, avec dépendance des Administrateurs des hôpitaux, en sorte qu'elles ne font ni plus ni moins que leurs supérieurs ecclésiastiques et laïques ne leur permettent.

103. 5. Elles doivent s'attendre à beaucoup`de contradictions dans les hôpitaux qui sont gouvernés par beaucoup d'Administrateurs, et, à cet effet, elles doivent s'armer d'une grande patience, pour les souffrir sans se décourager.

104. 6. Si les Administrateurs de l'hôpital voulaient les obliger à retrancher, dans l'hôpital, quelques-unes de leurs règles essentielles à leur institut, elles ne le doivent pas souffrir et, par l'avis de leurs premiers Supérieurs de leur communauté, elles seront prêtes à en sortir; mais, si la règle qu'on veut retrancher ou ajouter n'est pas essentielle ni contraire à leur institut, selon le jugement de leurs Supérieurs, elles s'y soumettront par charité et obéissance.

105. 7. Elles se confessent ordinairement à un même confesseur, qu'elles choisiront de concert avec leur Mère supérieure, soit que ce soit l'Aumônier de l'hôpital, soit que ce soit le Curé de la paroisse ou quelque confesseur étranger; et, si ce confesseur, par son imprudence, voulait leur faire transgresser leurs règles, elles en choisissent un autre; mais elles ne le quittent que difficilement et jamais pour de petites raisons.

106. 8. Elles obéissent, pour le temporel, aux Administrateurs des hôpitaux ou autres personnes qui les ont appelées dans quelque lieu et qui leur fournissent la subsistance.

107. 9. Elles se regardent, comme elles sont en effet, du nombre des pauvres; mais elles ne se mêlent que très difficilement et très rarement des biens temporels des hôpitaux où on les emploie.

108. 10. Leur Supérieure seule a pouvoir de représenter au Bureau les besoins temporels des pauvres ou les leurs propres; mais si le Bureau n'y fait aucune attention, ou les contredit ouvertement, elles demeurent contentes, sans s'en plaindre à personne, ni au dehors ni au dedans de l'hôpital, et sans employer la médiation de quelque Administrateur, pour obtenir, à force d'amis, ce qu'elles demandent.

109. 11. Elles peuvent avoir en maniement quelque bien temporel, dans la salle qu'elles gouvernent; mais comme elles reçoivent l'économie de leurs biens immédiatement de la main de leur Supérieure qui les place où elle juge à propos, et non des mains des Administrateurs, elles rendent immédiatement compte de leur économie à leur Supérieure, et elles ont immédiatement recours à elle dans leurs besoins, et ensuite leur dite Supérieure rend compte de tout au Bureau ou à l'économe préposé par le Bureau dans l'administration des biens temporels, et, si leur Supérieure, supposé qu'elles aient communauté dans le dit hôpital, leur refuse l'effet de leurs demandes, quoique justes, elles ne font aucune démarche ni au dedans ni au dehors pour l'obtenir, autrement la division succéderait à la paix et à l'obéissance.

110. 12. A la vérité, elles tâchent de faire en sorte que les biens des maisons où elles demeurent soient justement employés sans voleries ni dissipations; mais elles n'en répondent pas s'ils viennent à être dissipés sans leur faute, parce qu'elles ne veillent à leur conservation que par charité.

REGLES DE PRUDENCE, DE FERMETÉ ET DE CHARITÉ LES UNES ENVERS LES AUTRES ET ENVERS LES PAUVRES ET LES ENFANTS

Règles intérieures

111. 1. Elles n'interprètent jamais en mauvaise part ce qui n'a que quelque apparence de mal; et elles excusent sur la faiblesse, l'ignorance ou la passion, ce qui est évidemment mauvais, croyant que Dieu n'a permis ce mal qui paraît que pour en tirer un plus grand bien qui ne paraît pas faute de lumière.

112. 2. Elles ne croient pas tout d'abord le mal qu'on leur rapporte du prochain, quoi qu'on ne leur dise que par charité pour y mettre ordre; mais elles suspendent par charité leur jugement, jusqu'à ce qu'elles s'en soient informées, aimant mieux s'exposer à être trompées, par charité, que de s'exposer à faire un jugement téméraire, faute de charité et de prudence.

113. 3. Elles ne réfléchissent jamais volontairement sur la mauvaise conduite et les défauts du prochain, et sur les maux qu'elles en ont reçus.

114. 4. Elles se croient intérieurement les plus imprudentes, les plus ignorantes et les plus méchantes de toutes, malgré le jugement contraire que forme, en elles, l'amour propre.

115. 5. Elles renoncent facilement à leurs lumières intérieures et à leurs raisons, même valables, pour s'assujettir, par charité et humilité, à celles des autres en choses indifférentes, et qui ne sont pas évidemment mauvaises.

116. 6. Elles ne nourrissent jamais, dans leur cœur, de secrètes aversions et froideurs contre quelqu'un; quand elles les ressentent, quoique malgré elles, elles les découvrent toujours à leur Directeur.

Règles extérieures

117. 1. Elles obéissent, même avec joie qui paraît sur leur visage, aux commandements de leurs Supérieurs, quoique contre leur inclination naturelle.

118. 2. Elles ne se plaignent ni ne se formalisent jamais de la conduite de leurs Supérieurs, devant un particulier qui n'y peut mettre ordre; et elles ne font jamais aucune démarche, pour faire valoir leur sentiment et leur conduite, au préjudice de celle d'un Supérieur qui l'improuve.

119. 3. Elles ne font point paraître trop d'empressement pour faire valoir leur sentiment au préjudice d'une autre; mais elles cèdent joyeusement, après avoir dit simplement leurs raisons.

120. 4. Chacune ne se mêle que de son emploi, sans prendre de soi-même inspection sur celui des autres.

121. 5. Elles n'écoutent point les plaintes des inférieurs contre les supérieurs; ou, si elles les écoutent, elles tâchent de faire entendre, au moins extérieurement, aux inférieurs que leurs plaintes ne sont pas légitimes, en les taxant, avec douceur, d'impatience, d'orgueil, de murmure, etc., et elles approuvent la conduite de leurs supérieurs, autant que la vérité le permet.

122. 6. Elles ne découvrent jamais aux pauvres qu'elles gouvernent, quelque affidés qu'ils soient, les secrets et les règles de la Communauté, ni ne leur déchargent jamais leur cœur, quand elles ont quelque sujet de chagrin.

123. 7. Elles ont une grande affabilité et ouverture de cœur les unes envers les autres; et se traitent mutuellement avec beaucoup de respect et d'amitié, évitant, d'un côté, un certain air dédaigneux, réservé et particulier qui est contraire à la charité, et, de l'autre, une trop grande familiarité et des manières badines et puériles qui engendrent le mépris.

124. 8. Elles s'excusent mutuellement dans leurs défauts, et s'entresoutiennent toutes contre les rapports, médisances, calomnies et persécutions.

125. 9. Elles évitent toute duplicité, agissant ensemble avec beaucoup de candeur et d'ouverture de cœur.

126. 10. Elles s'avertissent charitablement, en secret, de leurs défauts, et elles reçoivent de bon cœur les corrections qu'on leur fait.

127. 11. Elles évitent les paroles hautaines et arrogantes, les cris immodérés, les comparaisons odieuses, et une infinité de défauts qui rompent ou altèrent la charité.

128. 12. Elles tâchent d'être également charitables et fermes envers les pauvres: par la charité, elles les supportent et les excusent, dans leurs faiblesses, ignorances et défauts de corps et d'esprit, et même dans leurs péchés; par la fermeté, elles les punissent, sans respect humain, de leurs fautes de malice, de leur orgueil à leur tenir tête, de leur désobéissance aux règles et aux Supérieurs, particulièrement quand ces fautes sont publiques et scandaleuses. Si elles laissent de telles fautes impunies, en des particuliers, leur charité dégénère en une connivence condamnable, elles détruisent l'ordre et la règle de la communauté, et elles donnent lieu aux méchants d'en faire autant et plus. O qu'il est difficile de trouver l'heureux milieu qui est entre la douce charité et la fermeté sévère, et qu'il faut nécessairement trouver, pour bien gouverner les pauvres et les enfants. Si on est trop doux, en se contentant seulement d'avertir les défaillants, sans user d'un châtiment prudent, on augmente le mal par une molle condescendance; et, si on est trop sévère, en châtiant avec rigueur, on irrite le mal. C'est pourquoi elles unissent ordinairement, dans les écoles et dans les hôpitaux, l'huile et le vinaigre, la récompense et le châtiment; en sorte cependant que l'huile du pardon surnage sur le vinaigre du châtiment.

129. 13. Elles rendent tous les services qu'elles peuvent aux pauvres, pour l'âme et le corps, se faisant toutes à tous, et les dernières de tous, persuadées qu'elles sont que la première, parmi elles, n'est pas la plus élevée, la plus riche, la plus savante; mais celle qui se croit et se met la dernière de toutes.

130. 14. S'il arrive à quelqu'une de dire à une autre Sœur quelque parole dure, de mépris ou de reproche, elle lui en demande pardon, à genoux, et elle baisera la terre. La Sœur offensée en fera de même par humilité, usant de quelque parole de cordialité qui marquera sa réconciliation: elle le fera, en présence de la Mère Supérieure, et jamais en son absence.

131. 15. Elles appellent leur Supérieure Mère simplement, et les deux qui tiennent sa place, Mères assistantes; elles ne se nomment, entre elles, que Sœurs, et elles se préviennent d'honneur et de respect, faisant une révérence en passant les unes devant les autres.

132. 16. Elles évitent soigneusement toutes singularités, c'est-à-dire qu'elles ne font rien d'extraordinaire, à l'extérieur, de leur propre volonté, sous prétexte d'une plus grande perfection.

Leurs prières et oraisons

133. 1. Elles font, tous les matins, depuis quatre heures et demie jusqu'á cinq heures et demie, une heure d'oraison, et, le soir, depuis cinq heures et demie jusqu'à six; et tous les jours, elles récitent le saint Rosaire tout entier. Quand elles sont dans la Communauté, elles le psalmodient à deux chœurs et à trois temps, et, quand elles sont dans l'exercice de la charité, elles le récitent quand elles peuvent; mais elles n'y manquent point.

134. 2. Elles font, toutes les semaines, au moins une heure d'adoration du Saint-Sacrement; tous les mois, un jour de retraite, et, tous les ans, une retraite de dix jours.

Conseils

135. 1.- Prenez garde de quitter votre oraison à cause de vos distractions, troubles et ennuis, à cause qu'il vous semble que vous n'y faites rien, que vous êtes trop grossières pour la faire, que vous n'y êtes pas appelées, que votre vocation est le travail manuel et l'action, et non pas la contemplation ni l'oraison; ce sont des tentations du malin esprit.

136. 2.- Dans toutes vos prières, nourrissez-vous, autant que vous pouvez, de la foi pure sans vous appuyer sur les choses visibles et sensibles. Estimez les goûts spirituels; mais n'en concevez pas plus d'estime pour vous, quand vous les avez, et ne croyez pas que tout soit perdu, quand vous n'en avez plus.

137. 3.- Prenez garde d'agir trop dans l'oraison, ne donnant pas assez lieu à l'opération de Dieu qui n'opère que dans la paix.

138. 4.- Faites toutes vos œuvres en la présence de Dieu et pour Dieu seul, c'est prier toujours; sans manquer de dire tout entier le saint Rosaire, pour honorer la vie, la mort et passion, et la gloire de Jésus et de Marie.

Leur dévotion envers la Sainte Vierge

139. 1. Elles regardent la Sainte Vierge comme la Supérieure et la Mère de toute la Communauté. En son honneur, elles récitent le saint Rosaire tous les jours; elles donnent à manger à un pauvre tous les jours; elles jeûnent, autant que leur santé le permet, tous les semaines, un jour, qui est ordinairement le samedi.

140. 2. Quand elles ont le temps, elles récitent le Petit Office en son honneur.

141. 3. Elles tâchent d'imiter toutes ses vertus, mais particulièrement sa charité, son humilité, sa pureté, sa fidélité et sa modestie.

142. 4. Elles parlent souvent de ses grandeurs et de ses miséricordes, et défendent son culte contre les libertins, les critiques et les hérétiques.

143. 5. Elles disent, en son honneur, un Ave Maria quand elles entendent sonner l'heure.

144. 6. Leur dévotion envers la Sainte Vierge est intérieure sans hypocrisie, extérieure sans critique, tendre sans indifférence, constante sans légèreté, et sainte sans présomption, n'étant point de ces dévots: 1 scrupuleux, qui, en honorant la Mère, craignent de déshonorer le Fils; 2 de ces dévots critiques, qui critiquent les pratiques extérieures et solides de dévotion envers la Sainte Vierge; 3 de ces dévots inconstants, qui ne lui sont dévots que pour un temps; 4 de ces dévots présomptueux, qui joignent le péché avec la dévotion à la Sainte Vierge, et qui, sous le manteau de la Mère, crucifient et déshonorent le Fils.

La fréquentation des sacrements

145. 1. Elles vont régulièrement à confesse, tous les huit jours, et au même confesseur marqué par la Communauté.

146. 2. Elles peuvent cependant, avec la permission de la Supérieure, aller à confesse à un autre confesseur, lorsque la nécessité le requiert.

147. 3. Elles n'ont point de jours de communion absolument déterminés; cependant elles communient le plus souvent qu'elles peuvent, selon leur désir et l'avis du Directeur et de la Supérieure.

148. 4. Elles ne s'écartent point de la Communauté pour courir les dévotions; mais elles entendent la messe de Communauté, et y communient toutes ensemble, autant qu'elles peuvent.

149. 5. Elles ne manquent jamais de faire une demi-heure au moins d'action de grâce après la sainte Communion, à moins qu'il ne survienne une vraie nécessité de quitter Dieu pour Dieu.

150. 6. Quoiqu'elles aient, de leur Directeur, la permission de communier, elles ne le font cependant qu'avec la permission de leur Supérieure, à laquelle elles la demandent à genoux; et, la veille de la communion générale, aux grandes fêtes de l'année, elles se mettent toutes à genoux devant leur Supérieure, afin qu'elle défende la communion à qui il lui plaira, ou l'accorde à toutes.

151. 7. Elles ne font jamais entre elles, ni à personne, reproche de la communion, et n'entrent jamais en jalousie contre leurs Sœurs qui communient plus souvent.

Conseils

152. 1. Ne vous attachez jamais à la Sainte Communion de telle sorte que le refus que votre Supérieure vous en fait vous trouble et vous chagrine; car un acte d'obéissance vaut mieux que la Sainte Communion.

153. 2. Ne manquez point de demander la Sainte Communion à votre Directeur et à votre Supérieure lorsque vous en sentez le désir, quoiqu'on vous l'ait refusée plusieurs fois; souvent l'orgueil qui craint le refus est la cause de cette omission.

154. 3.- Prenez garde de communier par routine, par respect humain, par amour-propre, par vanité, par esprit de singularité.

155. 4.- Ne communiez pas pour avoir les goûts spirituels qui accompagnent cette divine action; mais pour y sacrifier toutes choses à Jésus crucifié et anéanti.

156. 5.- Si quelque pensée, devant ou après la sainte communion, vous trouble et vous inquiète, rejetez-la promptement, car le démon en est l'auteur, et non pas le Saint-Esprit, qui est l'auteur de la paix.

157. 6.- N'exécutez jamais aussitôt et sans avis de votre Directeur, les bons desseins que Dieu vous donne dans la sainte communion; car on doit autant craindre les illusions du malin esprit dans la sainte communion que dans les autres actions spirituelles, comme on expérimente tous les jours.

158. 7.- Tâchez de communier toujours par la Sainte Vierge, renonçant à vos propres dispositions, et vous revêtant de celles de la Sainte Vierge, quoique inconnues, et faisant encore reposer Jésus-Christ dans son sein virginal, en esprit et en vérité.

159. 8.- Gardez-vous des scrupules dans la confession et la communion. La propre volonté, l'attache à son jugement, l'orgueil secret engendrent et augmentent les scrupules; mais l'obéissance aveugle d'entendement en est l'unique victoire.

160. 9.- Appliquez-vous, dans la confession, beaucoup plus à vous exciter à la contrition qu'à rechercher vos péchés, et, dans la sainte communion, plaisez-vous plus dans la haine et l'anéantissement de vous-mêmes que dans les douceurs intérieures, les lumières et le repos sensible de l'âme.

Leurs travaux manuels

161. 1.- Elles travaillent à différents ouvrages, dans le temps où la règle commune ne prescrit point d'exercice.

162. 2. Elles reçoivent et rendent leurs ouvrages à celle des Sœurs qui a ce soin, sans s'informer à qui ils sont et quel est leur prix.

163. 3. En travaillant, elles ne se donnent pas tout entières à leur ouvrage, y évitant l'empressement, la curiosité, la vanité et la mondanité. C'est pourquoi elles ne font point d'ouvrages mondains, que la mode n'a inventés que pour satisfaire la vanité et l'orgueil, et elles ne travaillent jamais hors de la maison.

Conseils

164. 1.- Prenez garde à l'empressement et à l'attache à votre ouvrage pendant le travail, et à la vanité et à la complaisance après l'avoir fait.

165. 2.- Prenez garde de travailler comme le monde, par le principe de l'intérêt, du plaisir ou de l'honneur; mais par esprit de pénitence et de charité.

166. 3.- Choisissez à faire l'ouvrage où vous avez le moins d'inclination naturelle; et, lorsque le démon vous tente d'empressement, arrêtez-vous quelque temps sans travailler.

167. 4.- Prenez garde d'employer à l'oraison le temps marqué pour le travail.

Leur mortification

168. 1. Elles n'ont point de mortification extérieure de règle; toutes les mortifications extérieures qu'elles font, comme la discipline, le cilice, la ceinture piquante, etc., sont entièrement volontaires, et dirigées par le Directeur et la Supérieure.

169. 2. Cependant, quand elles se portent bien, elles jeûnent le samedi et font abstinence de viande le mercredi.

170. 3. Elles s'appliquent courageusement à la mortification de leurs sens et de leurs puissances, mortifiant leurs yeux, leur odorat, leur goût, leur esprit, leur volonté, etc., dans leurs affections déréglées ou inutiles.

171. 4. Les novices, pendant leur noviciat, rendent compte, toutes les semaines, de leur intérieur, à la Maîtresse des novices, et les professes, tous les mois, au Directeur ou à la Mère Supérieure.

Conseils

172. 1.- Prenez garde de croire que la mortification du corps ne vous est pas nécessaire pour acquérir la Sagesse; car elle ne se trouve point chez ceux qui vivent à leur aise et selon les sens.

173. 2. Soyez persuadées que vous n'avancerez dans la vertu qu'autant que vous vous ferez de violence, en faisant ou souffrant des choses contraires à votre humeur.

174. 3.- Ne négligez pas les petites mortifications, qui sont souvent plus méritoire que les plus grandes, parce que la vanité s'y trouve moins.

175. 4.- Mortifiez vos yeux et vous serez modestes; mortifiez votre ouïe et vous serez charitables; mortifiez votre odorat et votre goût et vous serez sobres; mortifiez votre langue, et vous serez sages; mortifiez votre toucher, et vous serez chastes.

176. 5.- Mortifiez: 1) l'activité naturelle, qui vous porte à aller vite, à en faire beaucoup; 2) l'humeur qui vous domine, et qui déplaît à votre prochain; 3) votre langue, qui veut toujours parler, rire, railler, etc.; 4) l'immodestie dans le maintien du corps, qui excite à badiner, comme un enfant; à éclater en riant comme un fou; à sauter et à se jeter de côté et d'autre comme un bateleur; et enfin à manger et à boire sans règle, comme une bête.

177. 6.- Prenez garde de tomber dans l'excès et l'indiscrétion, en matière de mortification, faute d'obéissance, et dans la tiédeur, faute de mortification.

178. 7.- Soyez bien persuadées que la moindre petite mortification faite pour Dieu, par exemple: se priver de dire une parole inutile, arrêter ses regards, étouffer un mouvement de colère, d'impatience, etc., est une plus grande victoire que de conquérir toute la terre et une plus grande action que de créer un monde: c'est ce que disent les saints.

179. 8.- Attachez-vous surtout à la mortification de votre volonté propre en la soumettant à toute sorte d'obéissance, pour l'amour de Dieu.

Leurs repas

180. 1. Elles dînent et soupent, dans les écoles et les hôpitaux ou autres maisons où elles sont appelées, à l'heure la plus commode, après que les pauvres ont mangé ou que les écoles sont finies, c'est-à-dire ordinairement, entre onze heures et midi; et, dans la Communauté, elles dînent toujours à onze heures et demie.

181. 2. Elles mangent indifféremment toutes sortes de viandes, selon que la divine Providence, leur mère, le leur fournit, et on s'en rapporte à leur mortification, pour se priver, dans leurs repas, de ce qu'elles aiment le plus selon la nature.

182. 3. Elles ne mangent jamais hors de la Communauté, ni entre leurs repas, sans une vraie nécessité et une permission expresse, ce qui sera très rare.

183. 4. Elles écoutent attentivement la lecture de table, sans causer ni regarder çà et là; et, si elles y ont besoin de quelque chose, elles le marquent par signe, ou le disent tout bas, à l'oreille de celles qui servent à table, et elles gardent toutes les règles de la modestie ci-après.

184. 5. Elles ne se singularisent point, quand elles mangent en communauté, soit en demandant quelques mets ou apprêts particuliers, soit en se privant de tout ce qu'on leur présente. Elles peuvent cependant se priver de quelques mets, mais sans que cela paraisse trop.

185. 6. Quand on leur donne, à table, quelque viande qui n'est pas selon leur goût, ou qui est très mal apprêtée, elles se gardent bien d'en témoigner leur peine, par leurs paroles, leur mine ou leurs signes, soit à table, soit hors de table, dans la récréation; si elles ne sont pas assez mortifiées pour manger des choses contre leur inclination, du moins qu'elles ne s'en plaignent pas.

186. 7. Toutes celles qui savent bien lire, font tour à tour la lecture au réfectoire, et chacune y sert, à son rang, et même la Supérieure.

Conseils

187. 1.- Quand vous allez à table, soupirez sur la servitude où vous êtes réduites, comme les bêtes, et pour ne pas leur ressembler tout-à-fait, renoncez au plaisir sensuel que la nature prend nécessairement, et élevez votre cœur à Jésus - Christ, pour unir vos repas aux siens.

188. 2.- Ne parlez jamais comme les gens du monde de ce qu'on vous a servi à table, de ce qui était bon ou non; ne dites jamais à la récréation: que telle viande était bonne! j'ai bien mangé de ceci ou de cela; cela m'a donné appétit, etc.

189. 3.- Prenez garde de regarder, par gourmandise et jalousie, les portions de celles qui sont à côté de vous pour les examiner et les confronter avec la vôtre.

190. 4.- Trempez en esprit le premier morceau que vous mangerez dans le sang de Jésus-Christ, et unissez ce morceau au Pain des Anges, c'est-à-dire à Jésus-Christ que vous avez reçu en votre dernière communion.

191. 5.- Prenez bien garde à un défaut ordinaire parmi les personnes de communauté, savoir: qu'elles disent la bénédiction des viandes et l'action de grâces sans attention ni dévotion, mais seulement par routine, pensant quelquefois à ce qu'elles ont mangé ou à ce qu'elles ont à faire après le repas, se curant les dents, et tenant quelquefois des postures immodestes.

Leur récréation

192. 1. Elles font, tous les jours, deux heures de récréation; la première après le dîner, et la deuxième après le souper, dans lesquelles elles parlent entre elles avec liberté, gaîté et sainteté.

193. 2. Elles se récréent avec liberté et gaîté; mais sans immodestie, sans ris immodérés, sans jeux d'enfants et d'écoliers et sans postures indécentes. Elles évitent, d'un autre côté, une retenue trop sévère et scrupuleuse, un certain air sombre, rêveur et mélancolique, une certaine humeur critique et singulière, et un certain quant-à-moi élevé et orgueilleux.

194. 3. Elles se récréent avec sainteté, n'ayant d'autre intention que de se reposer saintement en Dieu et comme Dieu quand il eut créé le monde, ou comme Jésus-Christ quand il se reposa sur le puits de Jacob, ou comme les Saints qui ont fait cette action par de saints motifs: tantôt par charité, pour être plus capables de servir les pauvres et d'aider le prochain, et pour réjouir les Sœurs; tantôt par humilité, pour avouer qu'on est trop faible et qu'on a besoin de ce petit relâchement; tantôt pour porter avec joie le prochain à la pratique de la vertu, qui de soi-même paraît sévère, etc.

195. 4. Elles sont, dans la récréation plus qu'en aucun autre temps, sur leurs gardes, pour ne pas blesser la charité, soit par des railleries, soit par des reproches, soit par des soupçons manifestes, soit par des critiques, soit par des gestes dédaigneux, soit par des paroles de colère, etc.

196. 5. Elles n'y parlent, ni ne doivent parler ordinairement, que de Dieu et des choses de Dieu, et jamais de celles du monde, des nouvelles et des vanités du siècle.

197. 6. Elles font la récréation toutes ensemble, sans se séparer que par nécessité et permission, et elles n'y font aucune amitié particulière, conversant plus souvent avec l'une qu'avec l'autre.

Conseils

198. 1.- Avant de vous récréer, comme avant de manger, renoncez à la satisfaction de la nature, et élevez votre cœur à Dieu.

199. 2.- Ne faites point difficulté de vous réjouir modestement et de réjouir vos sœurs, qui sont les enfants de Dieu, votre Père, et croyez qu'il vous a donné la commission de les réjouir, dans la récréation, pour les rendre plus capables de son service.

200. 3.- Si quelqu'une de vos Sœurs vous donne quelque sujet de peine, souffrez-le sans rien dire; si elle dispute contre vous, cédez et vous remporterez la victoire.

201. 4.- Pendant la récréation, élevez de temps en temps votre cœur à Dieu.

Leur foi

202. 1. Comme la foi est le fondement de toute la religion, elle l'est aussi de toute sagesse et de toute perfection: c'est pourquoi les Filles de la Sagesse en font leur pain quotidien, en toutes leurs pensées, paroles et actions.

203. 2. Elles font toutes leurs actions pour la plus grande gloire de Dieu, en union de Jésus et de Marie; et elles renouvellent cette intention, de temps en temps, quand l'action est longue.

204. 3. Elles évitent de faire leurs actions par vanité, par sensualité, par respect humain, par passion, par nature ou par coutume; mais en tout ce qu'elles font, elles ont une vue de foi qui les anime et les soutient, en sorte que, si on leur demandait pourquoi elles font telle chose, elles pussent répondre en vérité: c'est pour Dieu seul, par tel ou tel motif chrétien.

205. 4. Dans leurs doutes, elles ne consultent ni l'esprit humain, ni la coutume, ni leurs amis intéressés, mais seulement le saint Evangile et leurs Règles expliquées par leur Directeur.

206. 5. Elles ne désirent point de visions ni de révélations, ni autres lumières extraordinaires, puisque la seule foi leur suffit; mais si, par la volonté de Dieu, elles en avaient, elles les découvrent à leur Directeur; elles ne s'y appuient aucunement, craignant l'illusion, qui se glisse ordinairement dans les choses extraordinaires.

207. 6. Elles font à Dieu la prière des Apôtres: "Seigneur, augmentez-nous la foi", ou celle des dévots de la Sainte Vierge: "Vierge fidèle, priez pour nous", ou celle de l'Eglise: "Credo".

Leur humilité

208. 1. Elles ne croient d'elles-mêmes que du mal et de la misère, ne s'appuyant jamais sur leurs propres pensées, propres volontés, propres actions et préparations, et renonçant, en toutes leurs meilleures actions, à leurs mauvais fonds qui corrompt tout.

209. 2. Elles croient, malgré le jugement contraire de leur amour propre, que les autres sont meilleures qu'elles, quoique leur bien ne leur paraisse pas évidemment, à cause de leur peu de lumières.

210. 3. Elles évitent la vanité et l'orgueil dans leurs pensées et leur paroles, sans réfléchir volontairement sur leurs vertus et leurs bonnes œuvres, et sans parler d'elles ni en bien, ni en mal.

211. 4. Elles ne répondent rien à ceux qui leur donnent des louanges, soit qu'elles soient vraies, soit qu'elles soient fausses, s'humiliant intérieurement devant Dieu, et laissant croire, à ceux qui les louent, ce qu'ils voudront de leur silence.

212. 5. Elles choisissent toujours, en quelque lieu qu'elles soient, la dernière place, quand particulièrement elles traitent avec des étrangers qui ne sont pas de leur Communauté; elles prennent la dernière place à table et dans la conversation, qui est ordinairement la plus proche de la porte; quand elles sont trois, elles évitent le milieu qui est le plus honorable; quand elles marchent dans les rues, elles prennent le bas du pavé, proche du ruisseau, et le bas de l'église, quand elles y entrent.

213. 6. Quand elles conversent entre elles, la simplicité cordiale doit l'emporter sur l'humilité extérieure, se mettant bonnement où elles se trouvent, évitant les compliments du monde.

214. 7. Elles choisissent plus volontiers les emplois les plus bas et les plus méprisés.

215. 8. Elles tâchent de ne se point excuser, quand on les accuse injustement, et elles ne contestent jamais avec personne.

Leur modestie

216. 1. Elles composent leur extérieur, uniquement pour plaire à Dieu et pour édifier le prochain, sans affectation ni hypocrisie, et autant en particulier qu'en public.

217. 2. La modestie étant, au rapport des Saints, une portion de la divinité, un rejaillissement du Saint-Esprit et une véritable richesse devant Dieu, elles pratiquent cette grande vertu, en tous les mouvements de leurs corps, et elles en font leur étude particulière.

Leur modestie dans le visage et la vue

218. 1 . Elles tiennent ordinairement la tête droite, sans la lever ni la baisser trop, sans la pencher d'un côté ou d'autre, sans la soutenir de la main, sans la branler à chaque mot, et sans la tourner çà et là à la moindre occasion.

219. 2. Elles n'ont point les yeux égarés, ni aussi arrêtés trop fixement sur ceux qu'elles regardent, mais un peu baissés, et leur mouvement n'est ni trop fréquent ni trop précipité. Leurs regards sont humbles, doux et respectueux, et jamais rudes, dédaigneux, audacieux ni farouches.

220. 3. Elles ne font point coutume de tenir la bouche ouverte, ni les lèvres trop serrées; elles tâchent de ne se moucher ni de cracher pas d'une manière qui fasse peine aux autres; elles tâchent de ne bâiller pas devant les autres.

221. 4. Elles évitent de rider le front, de froncer les sourcils, de se ronger les ongles, de se nettoyer le nez ou les oreilles avec les doigts.

222. 5. Elles s'abstiennent d'éclater de rire, aussi bien que de rire trop souvent; mais aussi elles ne sont point tristes, mornes, trop sérieuses et trop graves.

223. 6. Elles évitent les grimaces, les mines contrefaites, tout ce qui marque quelque artifice ou quelque dissolution.

Elles tâchent d'avoir un visage gai, serein, ouvert, tranquille, sans affectation, sans contrainte, qui ait un air de bonté, de douceur et de piété, capable de gagner les cœurs et de les porter à Dieu.

Leur modestie dans la posture du corps

224. 1. Ordinairement, elles tiennent leur corps droit, sans le courber ni pencher de côté ou d'autre, sans contrainte cependant et sans affectation.

225. 2. Elles ne s'appuient point tantôt sur un pied, tantôt sur un autre; elles ne changent point, à tout moment, de situation et de posture; ce qui est, selon les saints Pères, une marque de légèreté.

226. 3. Elles ne tiennent point les mains sur le côté ni derrière le dos; elles ne les portent point au visage, ni en quelque autre endroit du corps sans quelque nécessité.

227. 4. Elles s'abstiennent de ces lâches et molles extensions de bras et de jambes, qui viennent ordinairement d'un fond de paresse et de négligence.

228. 5. Elles ne s'accoudent, ni ne s'appuient, ni ne se penchent indécemment, ni ne croisent les pieds, ni ne se mettent les jambes l'une sur l'autre.

Leur modestie dans le parler

229. 1. Elles ne parlent ni trop ni trop peu, n'étant pas de ces causeuses et bien disantes qui ne donnent pas aux autres le temps de parler, ni de ces taciturnes qui par leur silence mal réglé, sont ordinairement fort à charge dans les conversations.

230. 2. Elles n'interrompent point ceux qui parlent, ni ne préviennent point, par une réponse précipitée, ceux qui les interrogent.

231. 3. Elles règlent tellement le ton de la voix, qu'il ne soit ni trop haut ni trop bas, aigre ni doucereux, rude ni efféminé, rustique ni languissant; et elles ne se servent jamais d'un ton magistral, impérieux, méprisant et passionné.

232. 4. Elles condamnent les paroles de mensonge, de raillerie, de mépris, de bouffonnerie, de flatterie, de vanité et toutes les autres qui peuvent blesser la bienséance ou la charité.

233. 5. Elles ne s'empressent point à dire, les premières, leur avis sur les sujets qui se présentent, comme si elles étaient plus capables d'en juger que les autres; et, lorsqu'elles le donnent, après en avoir été requises, c'est toujours avec simplicité, et, si les choses leur paraissent douteuses, elles n'en parlent pas d'une manière décisive et trop hardie.

234. 6. Elles évitent toutes sortes de contestations et de disputes; et elles aiment mieux remporter la victoire en cédant, comme si elles s'étaient trompées, qu'en contestant avec chaleur et orgueil.

235. 7. Enfin elles pèsent toutes leurs paroles avant de les prononcer.

On a parlé de la modestie de leurs habits.

Leur modestie dans le marcher

236. 1. Elles ne marchent point d'un pas trop vite et trop précipité, ne courant jamais que par une vraie nécessité.

Selon cette règle, quand elles montent ou descendent un escalier, elles ne montent ni ne descendent pas plus d'une marche à la fois.

237. 2. Elles ne marchent point trop lentement, traînant les pieds, ou ne les levant qu'avec négligence.

238. 3. Elles évitent de marcher avec affectation, par ressort et par machine, allant à pas comptés et étudiés, etc.

239. 4. Elles évitent, en marchant, toutes ces sortes d'agitations de tête, de mains, de bras, d'épaules et de corps, que les Saints condamnent de légèreté.

240. 5. Lorsqu'elles sont obligées de faire quelques visites en ville, elles y évitent de parler trop haut, de rire avec éclat, de badiner et de folâtrer; de regarder dans les boutiques, les carrosses ou autres lieux, avec curiosité; de s'arrêter dans les coins des rues, pour lire les affiches et pour voir des masques ou des charlatans; enfin elles fuient, autant qu'elles peuvent, les foires, les places publiques, et autres lieux où la vanité règne et où Jésus-Christ ne se trouve point ordinairement.

Leur modestie dans l'église

241. 1. Elles ne vont à l'église qu'en habit décent, avec leur cape, la tête modestement couverte.

242. 2. Elles n'y entrent qu'avec un extérieur plein de piété et de religion, prenant, en entrant, de l'eau bénite, se mettant à genoux ordinairement au bas de l'église par humilité.

243. 3. Si elles passent devant le Saint-Sacrement, elles font une profonde révérence, et, quand c'est devant un autre autel ou une image d'un Saint, une médiocre révérence.

244. 4. Elles ne passent jamais par une église, pour abréger leur chemin; elles n'y parlent que par nécessité, et tout bas et en peu de mots: ce qu'elles observent dans la sacristie, qui est une partie de l'église.

245. 5. Elles règlent, particulièrement dans l'église, leurs regards, leur contenance et leur posture; mais de telle sorte, que leur dévotion soit sans grimaces, sans indécence, et sans aucun geste ou mouvement de corps extraordinaire. Elles assistent ordinairement à la Sainte Messe, à genoux, les yeux modestement baissés ou arrêtés sur l'autel, les mains croisées sur leur poitrine sous leur cape; elles peuvent s'asseoir pendant le sermon ou se tenir debout. Quand la faiblesse ou la lassitude ne leur permet pas de se tenir à genoux, elles peuvent s'asseoir modestement.

Leur retraite domestique

246. 1. Quoiqu'elles ne puissent pas garder la clôture exacte, comme dans les couvents, parce qu'elles sont obligées de pratiquer, au dehors, la charité envers le prochain, cependant elles doivent garder une espèce de clôture particulière, qui est d'autant plus difficile qu'elles sont entourées du monde et mêlées avec les hommes.

247. 2. En quelque lieu qu'elles soient, elles ont chacune leur cellule et appartement, qui n'a pas de communication avec les étrangers, ni même avec les pauvres des hôpitaux, ni les enfants des écoles.

248. 3. Elles ne laissent point, comme il a été dit, entrer d'étrangers, ni hommes, ni femmes, dans leur chambre, sans une absolue nécessité et une permission expresse.

249. 4. Quand on les vient visiter, elles descendent de leur chambre, pour parler aux étrangers, dans une chambre basse destinée à cet effet. Elles peuvent cependant, par amour de la retraite, refuser d'aller au parloir, avec permission de la Supérieure.

250. 5. Quand elles vont au parloir, elles ne le font qu'après avoir dit un "Veni sancte Spiritus" et une "Ave Marie" dans l'oratoire public ou la chapelle; ensuite elles parlent aux étrangers avec honnêteté, sagesse, modestie et brièveté, étant toujours les premières à abréger les entretiens.

251. 6. Elles ne vont jamais au parloir ou au dehors, qu'avec leur cape qui les ensevelit, comme un drap mortuaire.

252. 7. Elles ne reçoivent ni n'écrivent aucune lettre au dehors, qu'elles n'en aient reçu permission de la Supérieure, et qu'elles ne les lui aient montrées, quand elles les ont écrites.

253. 8. Au retour de la ville ou du parloir, elles vont se recueillir à l'oratoire ou à la chapelle.

La conférence des coulpes

254. 1. Le chapitre des coulpes se tient toutes les semaines, au jour le plus commode, savoir: le dimanche ou la fête.

255. 2. Lorsque les Sœurs entendent sonner la cloche, elles s'y rendent promptement, se mettent à genoux, font la prière ordinaire, et, au signal de la Supérieure, ayant baisé la terre, elles se mettent dans leur place.

256. 3. La fin de cette action, commune à toutes les Communautés bien réglées, est d'humilier l'esprit et de mortifier la chair qui refait la découverte de ses défauts.

257. 4. Elles s'accusent seulement des fautes extérieures qui ont paru devant quelqu'une de leurs Sœurs, et jamais des fautes purement intérieures.

258. 5. Elles s'accusent simplement, en peu de mots; sincèrement, sans rien cacher; humblement, sans s'excuser; et charitablement, sans accuser personne ni découvrir les défauts d'autrui.

259. 6. Quand elles sont accusées, par la Supérieure, de quelques fautes extérieures qu'elles n'ont pas faites, elles ne s'en excusent point publiquement, mais elles reçoivent humblement la pénitence. A plus forte raison, ne doivent-elles rien dire, quand la Supérieure les querelle ou les réprimande pour des fautes qu'elles ont commises. Si cependant la Supérieure leur ordonne de parler ou les interroge, elles répondent simplement.

260. 7. Celle qui s'accuse se vient mettre à genoux dans un lieu marqué, les yeux baissés et les mains jointes. Quand elle a écouté les avis et reçu la pénitence de la Mère-Supérieure, elle baise la terre, et, au signal de la Supérieure, elle s'en retourne.

261. 8. Chacune doit avoir meilleure opinion et plus d'estime d'une Sœur qui s'est accusée naïvement de ses fautes quoique graves, qu'elle n'avait auparavant, parce que, n'ayant pu douter qu'elle ne fût pécheresse, elle a appris, par sa confession, qu'elle est humble, qu'elle aime l'humiliation, et qu'elle a effacé sa faute par son humiliation.

262. 9. Les Officières qui, par leurs emplois, sont obligées de rompre quelques points de la règle, comme le silence, ne s'en accusent point, quand elles n'ont pu s'en dispenser.

263. 10. Elles ne parlent jamais, hors du Chapitre, de ce qui s'y est passé. Ce secret leur est très étroit, et il approche de si près de celui de la confession, qu'on ne peut le rompre sans péché.

264. 11. Elles peuvent, tous les soirs, s'accuser, à la prière du soir, des fautes publiques qu'elles ont faites dans la journée.

Les officières

265. 1. Parmi les Sœurs de la Sagesse, comme dans toutes les autres communautés bien réglées, il y a plusieurs emplois qui sont distribués aux Sœurs par la Supérieure, et qu'on nomme du nom de l'emploi qu'elles exercent, entre lesquelles sont: 1 L'infirmière, 2 La sacristine, 3 La surveillante, 4 La garde meubles, 5 La réglementaire, 6 La cuisinière, 7 L'économe, sans parler de la mère Supérieure et de ses deux assistantes. Chacun de ces emplois a ses règles particulières qu'on ne leur communique que lorsque l'obéissance les y a placées.

Leur règlement journalier

266. 1. Elles se lèvent, en tout temps, à quatre heures, et, pendant une demi-heure, elles approprient leur chambre, leur lit et leurs habits.

267. 2. A quatre heures et demie, elles font une heure d'oraison jusqu'à cinq heures et demie, et, depuis cinq heures et demie jusqu'à six, elles psalmodient, debout, le premier chapelet du saint Rosaire.

268. 3. Elles vont ensuite à la Sainte Messe, en silence et avec modestie, et, au retour de la Sainte Messe, elles déjeunent en silence, si elles veulent déjeuner.

269. 4. Après le déjeuner, chacune s'applique à l'ouvrage et à l'exercice qui lui est marqué par l'obéissance, et elle le continue jusqu'à onze heure et demie.

270. 5. A onze heures et un quart, elles font un quart d'heure d'examen de conscience, et ensuite elles dînent, en silence et avec modestie.

271. 6. Au sortir du repas, elles font la récréation jusqu'à une heure.

272. 7. A une heure précise, elles psalmodient le second chapelet comme le premier, et ensuite elles se remettent à leur ouvrage, jusqu'à cinq heures et demie.

273. 8. A cinq heures et demie, elles font une demi-heure d'oraison, et ensuite elles psalmodient le troisième chapelet comme les autres; puis elles vont souper.

274. 9. Après le souper, elles se récréent jusqu'à huit heures; ensuite la prière, la lecture du sujet d'oraison ou l'entretien jusqu'à huit heures et demie, et elles sont couchées, au plus tard, à neuf heures.

Règles des maîtresses d'écoles

275. 1. Elles doivent savoir bien lire, bien écrire et bien faire le catéchisme; il serait bon même qu'elles sussent l'arithmétique.

276. 2. Elles commencent l'école à huit heures du matin jusqu'à dix et à deux heures du soir jusqu'à quatre, tous les jours hormis le jeudi qui est le jour de congé, et elles font entendre tous les jours la Sainte Messe aux enfants depuis dix jusqu'à environ dix heures et demie et elles leur font psalmodier le chapelet à quatre heures précises du soir.

277. 3. Si elles demeurent dans la communauté, elles en sortent tous les matins un peu devant huit heures pour se rendre au lieu de leur école à huit heures précises, et s'en reviennent dîner après qu'elles ont fait entendre la Sainte Messe à leurs enfants, et le soir après la psalmodie du chapelet, c'est-à-dire environ à une heure et demie après midi, elles vont à leur école et en reviennent à quatre heures et demie après le chapelet qu'elles ont fait dire aux enfants.

278. 4. Si elles tiennent l'école en quelque ville ou paroisse de campagne éloignée de la communauté, elles font leurs exercices et leurs règles dans le lieu où elles sont établies comme si elles étaient dans la mère communauté.

279. 5. Quand elles tiennent les écoles dans les villes ou paroisses de campagne, elles cessent l'école le lendemain de l'assomption de la Sainte Vierge jusqu'au lendemain de Saint Matthieu qu'elles les recommencent, et, pendant ce mois d'intervalle, elles viennent à l'appel des Supérieurs à la mère communauté pour y rendre compte de leur année et pour y faire une retraite de dix jours et reprendre de nouvelles forces pour mieux travailler.

280. 6. On prend ce temps de congé dans les campagnes parce que c'est le temps de la récolte où les enfants même sont occupés par leurs parents; pour le moins pendant un mois elles auront vacances et selon les lieux où elles se trouvent.

Règles des écoles charitables des filles de la sagesse

281. 1. Le but des écoles charitables est l'instruction et la perfection de la Jeunesse par pure charité, sans intérêt que la plus grande gloire de Dieu, le salut des âmes et sa propre perfection.

282. 2. Pour atteindre cette fin si noble il faut absolument que l'ordre et le silence soient bien établis en ces écoles, autrement elles deviendraient une occasion de péché et aux enfants et aux maîtresses.

283. 3. Afin que l'ordre de Dieu y soit gardé il faut régler: 1 Les maîtresses qui doivent faire les dites écoles, 2 les enfants qu'on y reçoit, 3 le temps qu'on y passe, 4 le lieu où on les fait, 5 les exercices d'étude et de piété qu'on y pratique, 6 les récompenses qu'on y donne, 7 les châtiments qu'on y exerce.

284. 4. Les maîtresses d'école doivent être du nombre de celles qui sont capables de ce divin emploi et qui ont fait leur profession dans leur communauté.

285. 5. On ne reçoit dans leurs écoles que les filles pauvres ou riches jusqu'à vingt ans, et qui soient sages et obéissantes. On en exclut: 1 les garçons 2 les femmes mariées ou veuves 3 les filles scandaleuses et désobéissantes, les petites filles qui n'ont pas encore un commencement suffisant.

286. 6. Les Sœurs font les dites écoles par pure charité, sans demander ni recevoir rien des enfants par leur mains ni directement ni indirectement. Si cependant quelque enfant ou parent des enfants veut par pure reconnaissance, sans qu'on lui ait demandé, leur donner quelque chose, elles ne le reçoivent pas, mais le leur font mettre entre les mains de la Supérieure des Filles de la Sagesse, où sont les écoles, pour être employé à l'entretien de la communauté.

287. 7. Les enfants viennent en tout temps après avoir dejeuné chez eux, à huit heures précises du matin et ils en sortent à dix heures précises pour aller à la Sainte Messe. Ils viennent à l'école tous les jours ouvriers, hormis le jeudi qui est leur jour de congé.

288. 8. Le lieu où l'école se fait doit être un peu plus long que large. On doit placer dans le fond la chaire de la maîtresse et au-dessus d'elle contre le mur le catalogue des enfants. On doit placer 9 bancs dans la dite école, dont la longueur soit proportionnée à ce lieu, et au nombre des enfants. Quatre d'un côté et quatre de l'autre et un dans le fond. On appelle le 1er banc des Séraphins et on y place les enfants qui ont fait leur première communion. Le 2 des Chérubins et on y place ceux qui par leur âge et leur modestie méritent d'être préparés à la communion. Le 3 des Trônes et on y met ceux de 13, 14, etc. mais qui n'ont pas communié et qui n'ont pas assez de sagesse pour y être prochainement préparés. Le 4 des Dominations et on y place les enfants de douze ans. Le 5 des Vertus et on y place les enfants d'onze ans. Le 6 des Puissances où sont les enfants de 10 ans. Le 7 des Principautés où l'on met ceux de neuf ans. Le 8 des Archanges où sont les enfants de 8 ans. Le 9 enfin des Anges où on range les petits de sept ans.

289. On partage toute l'école en quatre classes quand il n'y a pas une seconde école pour les petits. La 1ère s'appelle la lecture. La 2 l'assemblage. La 3 l'appellage. La 4 la A.B.C. Si quelque enfant par exemple de dix ans ou au-dessous est assez habile pour être placé dans la première classe parmi les Séraphins, les Chérubins et les Trônes on l'y place regardant plutôt la science que l'âge et ainsi du reste.

Quand il y a deux chambres distinguées pour l'école, on met dans la 1ère ceux qui apprennent à écrire et à lire coulamment et dans la 2 ceux qui ne font qu'assembler et appeler, et connaître leurs lettres.

290. Les enfants apprennent à lire et à écrire pendant une heure et demie, le matin, et une heure et demie, le soir. Les deux autres heures sont employées à leur apprendre leurs prières et leur catéchisme et à entendre la Sainte Messe, le matin, et à réciter le chapelet, le soir. Ce qui fait en tout cinq heures par jour.

291. Les enfants n'entrent au lieu de l'école que lorsqu'à huit heures précises la cloche les appelle, et ils y entrent avec modestie en silence et deux à deux. En entrant ils prennent de l'eau bénite disant tout haut "Deo gratias" et vont se mettre à genoux chacun en sa place marquée et ils s'y tiennent en silence les mains jointes jusqu'à ce que la maîtresse ait commencé les prières du matin pendant que les enfants s'assemblent et, lorsqu'ils sont assemblés, la Sœur entonne : O Saint-Esprit donnez-nous vos lumières Venez en nous pour nous embraser tous Pour nous régler, pour former nos prières Nous ne pouvons faire aucun bien sans vous.

Ensuite elle donne le signal et tous les enfants se lèvent, elle donne le 2 et ils font la révérence à Jésus et Marie et enfin le 3 et ils s'assoient les mains jointes.

292. La sœur ensuite commence par leur faire bien faire le signe de la croix deux fois, les fait mettre en la présence de Dieu et leur fait faire les actes suivants de la religion.

1. Mon Dieu, je crois fermement que vous êtes ici présent, je vous y adore et je vous y reconnais pour mon Souverain Seigneur et maître dont je dépends uniquement.

2. Mon Dieu, je crois tout ce que croit et enseigne la Sainte Eglise catholique apostolique et Romaine parce que c'est vous qui l'avez dit et qui ne pouvez mentir.

3. Mon Dieu j'espère votre secours et mon salut par les mérites de Jésus-Christ mon Sauveur.

4. Mon Dieu et mon tout je vous aime par-dessus toutes choses, pour l'amour de vous-même, et mon prochain comme moi- même pour l'amour de vous.

5. Mon Dieu j'ai regret de tout mon cœur de vous avoir offensé parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable et que le péché vous déplaît. Je fais un ferme propos moyennant votre sainte grâce de ne plus jamais vous offenser.

J'aimerais mieux mourir tout à l'heure que de faire un péché mortel.

6. Enfant Jésus nous vous offrons l'école présente, donnez-y s'il vous plait avec votre Sainte Mère la bénédiction.

7. Saints anges gardiens nous vous saluons et nous vous prions de nous aider pendant cette école, chassez-en le démon afin qu'il ne nous nuise pas.

Élection de la supérieure et de ses deux assistantes

293. 1. Toute la communauté après avoir fait une neuvaine de communions et avoir jeûné trois jours pour demander le Saint- Esprit procède à l'élection d'une supérieure dans la manière suivante. Voici ses qualités.

294. 2. Celle sur qui on doit jeter les yeux doit être de toute la communauté la plus sage, la plus prudente, la plus pauvre d'esprit, la plus détachée du monde et de ses parents, la plus morte à sa volonté propre, la plus exacte au silence et aux autres règles, la plus amie de la retraite, la plus désireuse de la Sainte Communion, la plus avancée dans l'oraison et la mortification, la plus charitable et tout ensemble la plus ferme, enfin elle doit être avant son élection le plus grand exemple des vertus et non pas la plus riche ou la plus noble.

295. 3. On propose les trois Sœurs qui ont entre les autres ces vertus et ces belles qualités avec plus davantage. Et le "Veni Creator" étant chanté le samedi veille de la Pentecôte le matin, elles vont les unes après les autres donner en secret leurs suffrages à celle des trois qui leur paraîtra la plus digne de tenir la place de Dieu, ce qui se fait en mettant un petit pois dans la boite sur laquelle est écrit le nom de celle qui leur paraît la plus digne.

296. 4. Celle qui a le plus de voix est élue Supérieure, celle qui après elle en a le plus est choisie 1ère Assistante et celle qui en a le moins est la 2 Assistante.

297. 5. Celle qui a été élue Supérieure demeure trente et trois jours sans exercer les fonctions de supérieure pour se rendre encore plus enfant et obéissante qu'elle n'a jamais été. C'est pourquoi elle se fait la dernière de toutes, elle fait les choses les plus basses de la communauté comme servir à table, balayer, baiser les pieds des autres, etc. C'est ce qu'elle fait avec joie et obéissance à l'ancienne Supérieure.

Voici comme elle prend en main le gouvernement de la communauté.

298. 6. Etant assemblées en Chapitre l'ancienne Supérieure la fait venir à genoux devant elle et en présence des autres qui sont assises elle lui demande en premier lieu: "Que voulez- vous faire ma chère sœur en cette communauté?" Elle lui répond ce seul mot: "Obéir". En 2 lieu lui demande: "Quelle place voulez-vous y tenir?" Elle répond: "La dernière".

Alors l'ancienne lui dit qu'elle doit obéir à Dieu seul.

Le Saint-Esprit qui l'ayant choisie pour Supérieure veut qu'elle commande aux autres et qu'elle tient sa place dans la communauté. Ensuite l'ancienne Supérieure se met à genoux devant toutes ses Sœurs, leur demande pardon des fautes qu'elle a faites et du mauvais exemple qu'elle leur a donné.

Puis la nouvelle Supérieure ayant fait le signe de la croix en disant tout haut: "Adjutorium nostrum in nomine Domini", elle se met en la place de la Supérieure. Aussitôt l'ancienne Supérieure se jette à genoux devant elle et lui dit: "Je crois fermement que vous tenez la place de Dieu parmi nous c'est pourquoi je me soumets à tous vos commandements pour l'amour de Dieu et j'espère avec l'aide de sa grâce m'y rendre fidèle". Toutes les Sœurs à genoux répondent "Ainsi soit-il". Et puis elles viennent les unes après les autres lui baiser les pieds, après lequel acte d'humilité, la nouvelle Supérieure commence ses fonctions par un acte de charité en les embrassant les unes après les autres, avec une grande affection. Après quoi on chante le "Te Deum" et le "Magnificat".

299. 7. La Supérieure Générale peut être perpétuelle.

Cependant tous les 3 ans elle est confirmée dans une assemblée générale et si elle était convaincue par la plus grande partie de la communauté de ne pas faire son devoir on procéderait à l'élection d'une autre.

300. 8. La première assistante, en l'absence de la Mère, tient sa place et la deuxième assistante la place de la première.

Voici la conduite de la Supérieure.

Règles particulières de prudence et de charité que la supérieure doit garder

301. 1. Elle doit être plus que jamais l'exemple de toutes sortes de vertus et particulièrement de l'humilité et du recueillement qui sont les deux vertus les plus difficiles à conserver dans la supériorité et auxquelles pourtant le Saint- Esprit excite les supérieurs. C'est pourquoi elle méditera tous les jours ces deux avertissements de la Sagesse: 1.

"humiliez-vous d'autant plus en toutes choses que vous êtes plus relevée et si on vous a mise supérieure dans une maison soyez en humiliée comme une de vos inférieures". 2. "Marthe, Marthe, vous vous embarrassez et vous troublez beaucoup à l'égard de plusieurs choses, il n'y a qu'une chose nécessaire".

302. 2. Elle ne fait jamais rien de nouveau et de conséquence sans prendre l'avis du père spirituel et de ses deux assistantes. Si elle est d'un avis contraire au leur, après avoir simplement représenté ses raisons pour faire le contraire, elle se détermine à suivre leur sentiment. En agissant ainsi, elle agira sagement et prudemment parce qu'elle agira humblement, parce que Dieu donne sa grâce aux humbles qui malgré leurs lumières, pour l'amour de la paix et de l'obéissance soumettent leur jugement et, quand même ce qu'elle voulait serait le plus juste, Dieu tirera sa gloire et sa victoire de sa soumission. Cependant elle écoute de telle sorte ses deux assistantes qu'elle ne se détermine à suivre leur sentiment qu'en leur absence et après avoir fait oraison.

303. 3. Elle se fait plus aimer que craindre, c'est pourquoi elle gouverne en toutes choses avec la verge d'or de la charité et non pas avec la verge de fer de la crainte. La charité d'un supérieur élargit merveilleusement le cœur d'un inférieur, l'anime et le fortifie à mieux faire. Au contraire l'esprit de crainte qu'un Supérieur inspire par ses manières dures, rebutantes, sévères et élevées rétrécit le cœur de l'inférieur, le rend faible, craintif, pusillanime et abattu.

304. 4. A la vérité elle a l'œil à tout autant qu'elle peut, mais elle ne le fait pas quasi paraître, elle ne fait voir à toutes ses sœurs qu'un grand désir de leur faire plaisir, et une grand persuasion qu'elle les voit déterminées à tout bien.

Elle évite donc ces manières de gouvernement de plusieurs Supérieurs qui dans le désir trop ardent qu'ils ont de faire observer les règles sont partout pour sonder et pour examiner chaque particulier, qui soupçonnent de tout, qui interprètent mal les moindres fautes, qui reprennent sévèrement et imprudemment les défaillants en des temps où ils sont incapables de recevoir avec fruit la médecine amère de la correction et qui leur imposent des pénitences involontaires qui les rebutent, et cette conduite et cette manière de gouverner n'est bonne qu'à l'égard des esprits bas et serviles qui se conduisent par la crainte et par la force, mais non pas du tout à l'égard de ceux qui se lient volontairement et se conduisent par amour.

305. 5. Cette conduite charitable ne doit pas l'empêcher d'être ferme et juste en reprenant et en corrigeant les défaillants. Mais elle sait distinguer les fautes de faiblesse et d'ignorance d'avec celles qui sont de malice et d'opiniâtreté. Elle pardonne aisément les premières et quelques fois elle ne fait pas semblant de les voir, mais elle reprend et elle corrige sans rémission les secondes, mêlant toujours beaucoup de douceur dans sa fermeté et faisant paraître que c'est malgré elle qu'elle en vient à la correction, pour le bien de toute la communauté. Si elle ne disait mot, ou fort faiblement, à une de ses sœurs qui, de propos délibéré sans se vouloir contraindre, tomberait dans une faute publique contre la règle p.e. romprait le silence ou l'obéissance, elle tomberait dans une connivence ou condescendance condamnable et elle répondrait à Dieu de la transgression des règles et du relâchement que cette conduite introduirait.

306. 6. Quand quelqu'une de ses sœurs fait une faute publique qui paraît devant les autres, si elle croit que cette sœur aura assez de vertu pour souffrir une réprimande publique, elle la lui fera, mais si la défaillante transportée par la passion n'est pas en état de profiter de la réprimande, la Supérieure priera la communauté devant qui la faute se fait, de n'être pas scandalisée et qu'elle y mettra ordre, et puis quelque temps après, elle lui fera la correction en particulier et lui ordonne une pénitence publique pour réparer sa faute publique.

307. 7. Elle ne reprend jamais publiquement des fautes commises en secret et qui n'ont scandalisé personne.

308. 8. Elle se donne bien de garde de tutoyer ses inférieures, de leur dire des paroles injurieuses, de leur faire publiquement des reproches même justes de leurs communions, de disputer et criailler contre elles. Mais elle leur parle en public et en particulier avec toute sorte d'humilité et de charité. Et quand elle a un juste sujet de les reprendre fortement elle le fait toujours avec honnêteté.

Quand une de ses inférieures dispute, elle lui cède dans le moment et par après lui fait connaître et payer sa faute.

309. 9. Quand une sœur ou un pauvre de l'hôpital ou un enfant de l'école se vient plaindre à elle de quelque Supérieure subalterne, elle l'écoute avec paix et charité mais elle ne l'approuve pas de telle sorte qu'elle condamne la conduite de cette Supérieure. Au contraire elle tâche d'approuver devant celui ou celle qui se plaint, quoique effectivement cette sœur ait tort, réservant à parler en particulier à cette sœur pour découvrir la vérité de la faute et y mettre ordre.

310. 10. Elle prend bien garde d'ajouter foi tout d'abord au mal qu'on lui rapporte des inférieurs pour y mettre ordre mais elle suspend son jugement et ne condamne point ouvertement la personne accusée jusqu'à ce qu'elle ne soit pleinement informée de la vérité.

Elle garde un grand secret des choses qui se passent dans la communauté et elle le fait garder exactement à toutes les Sœurs, corrigeant sévèrement celle qui babillent et qui ne retiennent point leurs langues.

311. 11. Voici ce que dit saint François de Sales, et ce qu'elle doit observer: comme l'âme et le cœur répandent leur assistance, mouvement et action en toutes les parties du corps, ainsi la Supérieure doit animer de sa charité, de son soin et de son exemple toute la congrégation, vivifiant par son zèle toutes les sœurs qui sont en sa charge, procurant que les règles soient observées le plus exactement qu'il se pourra et que la mutuelle charité et sainte amitié fleurisse en la maison; et pour cela elle ouvrira sa poitrine maternelle et aimable à toutes les filles également, afin qu'en toute confiance elles aient recours à elle en leurs doutes, difficultés, scrupules, troubles et tentations.

312. Qu'elle observe elle-même de tout son pouvoir les règles et constitutions sans qu'elle pratique aucune singularité ni prenne, ni reçoive aucun avantage en habits, viandes et autres choses, sinon comme les autres à mesure que la nécessité le requerra.

313. Elle commandera à chacune de ses sœurs et à toutes en général avec des paroles et contenances graves, mais suaves; avec un visage et maintien assuré mais doux et humble, et avec un cœur plein d'amour et de désir du profit de celle à qui elle commande.

314. Elle tiendra les yeux attentifs sur ce petit corps de congrégation afin que toutes les parties d'icelui respirent la paix, la concorde, l'union et le service très aimable de Jésus-Christ et partant, lorsqu'une fois les mois les Sœurs lui rendent compte de leurs âmes, elle les examinera, s'enquérant discrètement de l'état présent de leur esprit pour par après les aider, exciter, corriger et soulager.

315. Elle pourvoira avec un soin particulier à la nécessité des malades. Elle les servira fort souvent de ses propres mains ès maladies de conséquence.

316. Elle élèvera avec un cœur paternel les Sœurs qui comme petits enfants seront encore faibles en la dévotion, se ressouvenant de ce que dit saint Bernard à ceux qui servent les âmes: La charge des âmes, dit-il, n'est pas des âmes fortes mais des infirmes: Car si quelqu'un te secourt plus qu'il n'est secouru de toi, reconnais que tu es non pas son père, mais, son pair. Les justes et parfaits n'ont pas besoin de supérieur et de conducteur, ils sont eux-mêmes leur loi et leur direction par la grâce de Dieu et font assez sans qu'on leur commande.

La Supérieure doit être particulièrement pour les imbéciles et débiles, bien qu'aussi elle ne doit pas abandonner les parfaites afin qu'elles persévèrent sans se relâcher. Et partant, qu'elle prenne garde aux nécessités des Sœurs selon la sincérité de la dilection chrétienne et non selon les inclinations naturelles, et sans avoir égard à l'extraction ou origine des filles, à la gentillesse de leurs esprits, bonnes mines, et autres telles conditions attrayantes et qu'elle ne familiarise pas en telle manière avec les unes que cela puisse servir de tentation d'envie aux autres.

317. Elle ne reprendra point les fautes qui se commettent sur le champ devant les autres, ainsi en particulier avec charité, sinon que la faute fut telle que pour l'édification de celles qui l'auraient vue faire elle requiert un prompt ressentiment, lequel en ce cas là elle fera de telle sorte que blâmant le défaut elle soulage la défaillante, tâchant d'être vraiment redoutée mais pourtant beaucoup plus aimée.

318. Qu'elle ne concède point aisément à pas une l'usage des sacrements plus fréquent que celui qui est porté par les constitutions de peur qu'au lieu d'une amoureuse et respectueuse communion, il ne s'en fasse plusieurs par imitation, jalousie, propre estime et vanité.

319. Elle se choisira une bonne amie parmi ses sœurs qui l'avertisse charitablement de ses défauts et à laquelle les autres sœurs puissent facilement s'adresser pour lui dire leurs plaintes qu'elles n'oseraient pas lui faire directement à cause du respect et elle l'écoutera joyeusement lorsqu'elle en sera avertie en particulier.

320. 12. Elle a le pouvoir de dispenser de l'observance des règles en des cas particuliers selon que la prudence et la charité et la nécessité le requièrent soit à cause de la maladie soit à cause des emplois, mais elle n'en dispense jamais aucune sœur pour toujours eu égard à la seule qualité

Màj: 13.06.2011

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"Au commencement était la Parole et la Parole était avec Dieu et la parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Tout a été fait par elle et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. En elle était la Vie et la vie était la lumière des hommes. La Lumière brille dans les ténèbres qui ne l’ont pas accueillie."

-- Jean 1:1