Première prédication de St Jean
Extrait de "L'évangile tel qu'il m'a été révélé".
"Juste à ce moment, les gens les rejoignent, les entourent, les assaillent de mille questions pour savoir où est
parti le Maitre, quand il reviendra, et la question la plus difficile à satisfaire: « Mais comment faire pour
suivre le Maitre, non pas avec les jambes, mais avec l’âme par les routes de la Voie que Lui indique?»
A cette question, les apôtres restent embarrassés. Ils se regardent entre eux et l’Iscariote répond: « En
suivant la perfection » comme si c’était une réponse qui puisse tout expliquer!...
Jacques d’Alphée, plus humble et plus paisible, réfléchit et dit ensuite: « La perfection qu’indique mon
compagnon se rejoint en obéissant a la Loi. Car la Loi est justice et la justice est perfection. »
Mais les gens ne sont pas satisfaits et demandent par l’intermédiaire de quelqu’un qui paraît être un chef: «
Mais nous sommes petits comme des enfants en matière de bien. Les enfants ne savent pas encore la signification du
Bien et du Mal. Ils ne les distinguent pas. Et nous, sur cette Voie que Lui nous indique, nous sommes neufs au
point d’être incapables de distinguer. Nous avions un chemin connu. La vieille route qui nous avait été enseignée
dans les écoles. Tellement difficile, longue, et qui nous inspirait la peur! Maintenant, d’après ses paroles, nous
voyons qu’il en est comme de l’aqueduc que nous apercevons d’ici. Au-dessous, c’est le chemin des animaux et de
l’homme. Au-dessus, sur les arcades légères, S’élance dans le soleil et l’azur prés des branches les plus hautes
qui bruissent et chantent dans le vent avec la voix des oiseaux, une autre route, lisse, propre, lumineuse autant
que la route inférieure est raboteuse, sale, obscure, une route pour l’eau limpide et qui résonne, qui est une
bénédiction par l’eau qui vient de Dieu et que caresse ce qui vient de Dieu: rayons du soleil et des étoiles,
frondaisons nouvelles, fleurs, ailes des hirondelles. Nous voudrions monter vers cette route plus haute et qui est
la sienne et que nous ne connaissons pas, parce que nous sommes écrasés, ici, en bas, sous le poids de toute la
vieille construction. Comment faire ?»
Celui qui a parlé est un homme jeune, d’environ·vingt-cinq ans, brun, robuste, au regard intelligent et dont
l’aspect est moins plébéien que la majorité des gens présents. Il s’appuie sur un autre plus mûr.
L’lscariote qui, grand comme il est, le voit, murmure a ses compagnons: «Vite, expliquez-vous bien. C’est
Hermas, avec Etienne, Etienne, aimé de Gamaliel ! » C’est une chose qui finit d'embarrasser tout a fait les
apôtres.
A la fin le Zélote répond: «L’arcade n’existerait pas s’il n’y avait pas la base sur la route obscure. C’est
elle le point d’appui de l’arcade qui, à partir d’elle, s’élance et monte dans l’azur qui est l’objet de tes vœux.
Les pierres enfoncées dans le sol, et qui supportent le poids sans jouir des rayons et des vols, n’ignorent pas
cependant qu’ils existent parce que de temps à autre une hirondelle descend en criant, jusqu’à la boue et caresse
la base de l’arcade et qu’un rayon de soleil ou d’étoile descend pour dire comme est beau le firmament. Ainsi dans
les siècles passés est descendue de temps à autre une parole céleste de promesse, un rayon céleste de sagesse, pour
caresser les pierres qui portaient le poids du courroux divin. Car les pierres étaient nécessaires. Elles ne sont
pas, n’ont pas été, ne seront jamais inutiles. Sur elles s’est élevé lentement avec le temps la perfection des
connaissances humaines jusqu’à atteindre la liberté du temps présent et la sagesse d’une connaissance
surhumaine.
Je lis déjà ton objection: elle est écrite sur ton visage. C’est celle que tous nous avons eue avant de savoir
comprendre ce que c’est la Nouvelle Doctrine, la Bonne Nouvelle prêchée a ceux qui, par un processus rétrograde, ne
sont pas devenus adultes à mesure que s’élevaient les pierres de la science, mais se sont toujours plus enfoncés
dans les ténèbres comme le mur qui s’effondre dans un abîme sans lumière.
Nous, pour échapper à cet aveuglement surnaturel, nous devons dégager courageusement la pierre fondamentale de
toutes les pierres superposées. N’ayez pas peur de démolir ce mur qui est élevé mais qui ne conduit pas la sève
pure de la source éternelle. Revenez à la base. Elle ne doit pas être changée. Elle vient de Dieu. Elle est
immuable. Mais, avant d’écarter les pierres, car elles ne sont pas toutes mauvaises et inutiles, éprouvez-les, une
par une, au son de la parole de Dieu. Si vous ne les trouvez pas dissonantes gardez-les, faites-les servir à la
reconstruction. Mais si elles résonnent du son discordant de la voix humaine ou du son déchirant de la voix
satanique, alors brisez les pierres mauvaises. Pour le choix, vous ne pouvez pas vous tromper car si c’est la voix
de Dieu c’est une voix d’amour, si c’est la voix humaine c’est une voix de sensualité, si c’est la voix de Satan
c’est une voix de haine. Je dis: brisez car c’est charité de ne pas laisser derrière des germes ou des
objets mauvais qui peuvent séduire le voyageur et l’amener à les employer à son détriment. Brisez littéralement
toute chose mauvaise qui s‘est trouvée dans votre travail, vos écrits, vos enseignements ou vos actes. Mieux vaut
rester avec peu de matériaux, s’élever à peine d’une coudée mais avec de bonnes pierres, que de monter à des mètres
mais avec des pierres mauvaises. Les rayons du soleil et les hirondelles descendent même sur les murs qui sortent
tout juste du sol et les humbles fleurettes du talus arrivent facilement à caresser les pierres basses. Alors que
les pierres orgueilleuses qui prétendent s’élever inutiles et raboteuses n’ont pour elles que les gifles des ronces
et les embrassades des plantes vénéneuses. Démolissez pour reconstruire et pour vous élever en éprouvant la qualité
de vos vieilles pierres au son de la voix de Dieu.»
«Tu parles bien, homme. Mais monter! Comment ? Nous t’avons dit que nous sommes moins que de petits enfants. Qui
nous fera gravir la colonne raide? Nous éprouverons les pierres au son de Dieu. Nous briserons les moins bonnes.
Mais comment monter? On a le vertige rien qu’à y penser!» dit Etienne.
Jean, qui a écouté la tête inclinée se souriant à lui-même, lève un visage lumineux et prend la parole: «Frères!
Cela donne le vertige. C’est vrai. Mais qui dit qu’il est nécessaire de faire directement l’ascension? Cela, non
seulement les petits enfants, mais les adultes eux-mêmes ne sauraient le faire. Seuls les anges peuvent s’élancer
dans l’azur parce qu’ils sont libres de tout poids matériel. Et chez les hommes, il n’y a que les héros de la
sainteté qui puissent le faire.
Nous en avons un exemple vivant qui, dans ce monde dégradé, sait être un héros de sainteté comme les anciens qui
ont fleuri en Israël quand les Patriarches étaient des amis de Dieu et que la parole du Code éternel existait
seule, mais obéie par toute créature droite. Jean, le Précurseur, enseigne comment on tente directement
l’ascension. C’est un homme, Jean. Mais la Grâce que le Feu de Dieu lui communiquée en le purifiant dès le sein de
sa mère comme furent purifiées par un Séraphin les lèvres du Prophète, pour qu’il pût précéder le Messie sans
laisser la puanteur de la faute d’origine sur le chemin royal du Christ, a donné à Jean des ailes d’ange, et la
Pénitence les a fait grandir en supprimant en même temps ce poids d’humanité que sa nature d’être né de la femme
lui avait conservé. Voilà pourquoi Jean, de sa grotte ou il prêche la pénitence et par son corps où brûle l’esprit
que la Grâce a épousé, peut se lancer jusqu’au sommet de l’arcade au-delà duquel est Dieu, le Très-Haut Seigneur
notre Dieu et, dominant les siècles passés, le jour présent, l’avenir, il peut avec sa voix de prophète, avec son
œil d’aigle qui peut fixer le soleil éternel et le reconnaître, annoncer: "Voici l’Agneau de Dieu, Celui qui enlève
les péchés du monde" et mourir après ce chant sublime qui servira non seulement dans ce temps limité, mais dans le
Temps sans limite, dans la Jérusalem pour toujours éternelle et bienheureuse, pour acclamer la Seconde Personne,
pour Lui rappeler les misères humaines, pour Lui chanter l’hosanna dans les splendeurs éternelles.
Mais l’Agneau de Dieu, le Très Doux Agneau qui a quitté sa lumineuse demeure des Cieux, où il est Feu de Dieu
dans un embrassement de feu - oh! éternelle génération, du Père qui conçoit par sa Pensée sans limite et
parfaitement sainte son Verbe, et l’attire à Lui en produisant une fusion d’amour qui crée l’Esprit d’Amour où la
Puissance et la Sagesse ont, leur centre! - mais l’Agneau de Dieu qui la quitté sa forme très pure, incorporelle,
pour renfermer sa pureté infinie, sa sainteté, sa nature divine dans une chair mortelle, sait que nous ne sommes
pas purifiés par la Grâce, que nous ne le sommes pas encore et Il sait que nous ne pourrons pas, comme l’aigle qui
est Jean, nous lancer vers les hauteurs· Vers le sommet où est Dieu, Un et Trin. Nous sommes les petits moineaux du
toit et de la route, nous sommes les hirondelles qui touchent l’azur mais se nourrissent d’insectes, nous sommes
les calandres qui veulent chanter pour imiter les anges mais par rapport auxquels notre chant est le frémissement
discordant des cigales en été. Cela, le doux Agneau de Dieu venu pour enlever les péchés du monde, le sait. Car
s’il n’est plus l’Esprit Infini des Cieux, s’étant réduit à une chair mortelle, son infinité n’en est pas pour
autant diminuée et il sait tout car sa sagesse est toujours infinie.
Et voici qu’alors il nous enseigne son chemin, le chemin de l’amour. Lui est l’Amour qui dans sa miséricorde
pour nous s’est fait chair. Voici alors que cet Amour Miséricordieux crée pour nous le chemin que même les petits
peuvent gravir. Et Lui, non par besoin personnel, mais pour nous l’apprendre, le parcourt le premier. Lui n’aurait
même pas besoin d’ouvrir les ailes pour se fondre dans le Père. Son esprit, je vous le jure, est enfermé ici, sur
cette misérable terre, mais il est toujours avec le Père, car Dieu peut tout, et Lui est Dieu. Mais il nous
précède, en laissant derrière Lui les parfums de sa sainteté, l’or et le feu de son amour. Regardez son chemin. Oh!
Il arrive bien au sommet de l’arcade! Mais comme il est tranquille et sûr! Ce n’est pas une ligne droite, c’est une
spirale. Un chemin plus long, et son sacrifice d’amour miséricordieux se manifeste dans cette longueur où Lui se
tient par amour pour nous qui sommes faibles. Le chemin est plus long, plus adapté à notre misère. La montée vers
l’amour, vers Dieu, est simple comme l’Amour lui-même est simple. Mais c’est route vers les
profondeurs car Dieu est un abîme que je dirais impossible à rejoindre si Lui ne s’était pas abaissé pour se faire
rejoindre, pour se sentir baiser par les âmes amoureuses de Lui. (Jean parle et pleure, tout en souriant, dans
l’extase de dévoiler Dieu). Elle est longue la voie simple de l’amour car l’Abîme qui est Dieu est sans fond et si
grand que quelqu’un pourrait y avancer autant qu’il le voudrait. Mais l’Abîme admirable appelle notre abîme
misérable. Il nous appelle par ses lumières et dit: "Venez à Moi !"
Oh ! invite de Dieu! Invite du Père! Ecoutez ! Ecoutez ! Les Cieux sont restés ouverts car le Christ en a ouvert
toutes grandes les portes. II a mis à les tenir ainsi ouvertes les anges de la Miséricorde et du Pardon pour qu’en
attendant l’effusion de la Grâce sur les hommes, il s’en écoulât au moins des lumières, des parfums, des chants
capables de séduire saintement les cœurs humains, pour que viennent vers nous les paroles pleines de suavité. C’est
la voix de Dieu qui parle et la Voix dit: "Votre enfance ? Mais c’est votre meilleur trésor ! Je voudrais que vous
deveniez tout à fait petits pour avoir en vous l’humilité, la sincérité et l’amour des petits enfants, le confiant
amour des tout petits envers le père. Votre impuissance ? Mais c’est ma gloire! Oh! venez. Je ne vous demande même
pas que vous éprouviez par vous-mêmes le son des pierres, bonnes ou mauvaises. Mais donnez-·les-moi ! Je ferai le
choix et vous, vous vous reconstruirez. L’escalade vers la perfection ? Oh! non, mes petits enfants. Ici, la main
dans la main de mon Fils, votre Frère, maintenant et ainsi, à ses côtés, montez..." Monter! Venir à Toi, Eternel
Amour! Prendre ta ressemblance, c’est·à-dire l’Amour!
Aimer ! Voici le secret!... Aimer! Se donner... Aimer! S’anéantir... Aimer! Se fondre... La chair? Ce n’est
rien. La douleur? Rien. Le temps? Rien. Le péché lui-même s’annihile si je le fonds dans ton feu, ô Dieu! Il n’y a
que l’Amour. L’Amour! L’Amour que nous a donné le Dieu Incarné, nous pardonnera tout. Et aimer, c’est l’acte que
nul ne sait mieux faire que les tout petits. Et `personne n’est plus aimé qu’un tout petit.
O toi que je ne connais pas, mais qui veux connaître le Bien, pour le distinguer du Mal, pour posséder l’azur·,
le Soleil céleste, tout ce qui est joie surnaturelle, aime et tu l’auras. Aime le Christ. Tu mourras à la vie
d’ici-bas mais tu ressusciteras en ton esprit. Avec un esprit nouveau, sans avoir besoin d’utiliser les pierres, tu
seras pour l’éternité un feu immortel. La flamme monte. Il n’y a pas besoin d’escalier ni d’ailes pour monter.
Libère ton moi de toute construction, mets en toi l’Amour. Tu deviendras une flamme. Laisse cela arriver
sans aucune restriction. Excite, au contraire, la flamme en y jetant pour l’alimenter tout ton passé de passions,
de connaissances. Ce qu’il y aura de moins bon se détruira dans la flamme et ce qui est déjà métal noble se
purifiera. Jette-toi, ô frère, dans l’amour actif et joyeux de la Trinité. Tu comprendras ce qui maintenant te
semble incompréhensible, car tu comprendras Dieu qui n’est compréhensible que pour ceux qui se donnent sans mesure
à son feu sacrificateur. Tu te fixeras enfin en Dieu en un embrassement de flamme, en priant pour moi, le tout
petit du Christ qui a osé te parler de l’Amour.»
Tout le monde est sidéré: apôtres, disciples, fidèles… L’interpellé est pâle, alors que Jean est pourpre, pas
tant par la fatigue que par l’amour.
Enfin Etienne pousse un cri: «Bénis es-tu! Mais dis-moi qui tu es?»
Jean a une attitude qui me rappelle beaucoup l’attitude de la Vierge à l’Annonciation. Il dit doucement, en se
courbant comme s’il adorait Celui qu’il nomme: «Je suis Jean. Tu vois en moi le plus petit des serviteurs du
Seigneur. »
«Mais, qui a été ton maître auparavant ? »
« Personne autre que Dieu, puisque j’ai eu le lait spirituel de Jean que Dieu a présanctifié, je mange le pain
du Christ, Verbe de Dieu, et je bois le feu de Dieu qui me vient des Cieux. Gloire au Seigneur ! »
« Ah ! mais moi, je ne vous quitte plus! Ni toi, ni celui-ci. Je ne quitte plus personne. Prenez·moi!»
« Quand… Oh! mais, il y a ici Pierre notre chef » et Jean montre Pierre qui en est tout étourdi et le proclame
ainsi «premier».
Et Pierre revient à lui: «Fils, pour une grande mission il faut une sérieuse réflexion. Celui-ci est notre ange
et il enflamme. Mais il faut savoir si la flamme en nous pourra durer. Examine-toi, et puis viens au Seigneur. Nous
t’ouvrirons notre cœur comme à un frère très cher. En attendant, si tu veux mieux connaître notre vie, reste. Les
troupeaux du Christ peuvent croître démesurément pour permettre un choix entre les parfaits et les imparfaits,
entre les vrais agneaux et les faux béliers.»
Et avec ces paroles se termine la première manifestation des apôtres."
Pages extraites du livre "L’évangile tel qu’il m’a été révélé" de Maria Valtorta, avec la
permission de l'éditeur Centro Editoriale Valtortiano srl, Isola del Liri (FR), www.mariavaltorta.com, à qui appartient les droits sur les œuvres de Maria
Valtorta.

Màj: 13.06.2011
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